Les demoiselles de Anne-Gaëlle HUON

SURPRENANT, oui, ce roman est surprenant. Il n’est pas dans la même lignée que les deux précédents : Le bonheur n’a pas de rides et Mêmes les méchants rêvent d’amour. Ici, un peu moins de légèreté, pas de vieilles personnes si ce n’est la narratrice qui nous conte sa vie jusqu’à l’automne de son existence.

Au coeur du Béarn, au-delà des Pyrénées, des fabriques d’espadrilles fleurissent. C’est intéressant car ces célèbres chaussures reviennent en force, très à la mode sur les marchés. Il est de bon goût de les avoir aux pieds cet été 2020. Rosa, Espagnole, quitte son village natal pour intégrer une équipe de couseuses. C’était au début du siècle.

Rosa est la narratrice et le personnage phare de cette aventure. D’abord, Hirondelle, elle devient dans ce récit l’une des Demoiselles. Chacune de ces femmes (Les Hirondelles et les Demoiselles) est dépeinte avec minutie et passion. Elles sont migrantes, couturières, parfois courtisanes et sœurs, mères, enfants. Ce roman est un joli descriptif de personnalités, de rôles et de fonctions.

Tout au long de sa vie, Rosa rencontre des compagnes qui entrent dans son existence avec leur fardeau, leur colère et leurs espérances. C’est beau comme la Tresse de Laetitia COLOMBANI puisqu’il s’agit de destinées de femmes, des destins croisés qui ne se rencontrent pas toujours par hasard.. Ca a des petits airs des jours brûlants de Laurence PEYRIN parce que l’accueil d’inconnues et l’amitié offerte sont des valeurs merveilleuses dans un monde où j’ai l’impression que rien n’est gratuit, tout est opportunisme et individualité. Ici, Rosa est accueillie sans contrepartie dans un refuge bienveillant, libre et libertin, chaleureux et joyeux.

Les Demoiselles est une saga où les péripéties de Rosa et de ses compagnes durent une vie. On lit l’histoire d’une mère, de sa fille, de l’enfant de celle-ci. Anne-Gaëlle HUON aborde différents thèmes, divers et nombreux. C’est dense par les périodes traversées : des années folles, à la deuxième guerre mondiale, jusqu’à notre monde contemporain. On côtoie des milieux divers : une minorité espagnole, des Français, la noblesse et le commun des mortels, des Basques, des communautés rejetées et discriminées, les élites de la mode, un berger… Anne-Gaëlle HUON a mis beaucoup dans ce roman : une pointe de son histoire familiale, des rencontres, sa région, quelques soupçons de ses relations mère-enfants ; tout son coeur, aussi, je le sens.

Il y a eu des passages presque « historiques » intenses et décrits avec précision puis des bonds dans le temps où j’ai eu l’impression de perdre Rosa, parenthèses où elle poursuit sa quête d’elle-même, où elle s’affirme et gagne sa liberté et son autonomie.

Les moments de passion de cette jeune femme ont attisé mon plaisir, cela a été formidable : Pascual, Henri… Ses ressentis sont intenses et j’ai vibré avec elle. Je crois qu’il s’agit là des plus beaux moments de ce roman, ceux que je garderai en mémoire pour la pureté des émotions.

Quelquefois, elle est passée au second rôle pour laisser la place sur le devant de la scène à Colette et à Mademoiselle Véra. Ces deux déesses de l’amour ne sont pas seulement des personnages secondaires, elles sont attachantes et pleines de vie, surtout Colette, magnifique icône de la beauté.

La deuxième moitié du roman survole les années et les évènements, un petit regret que j’ai en sortant de ce roman. J’aurais aimé des événements plus étoffés et denses.

Les chapitres sont courts, entraînants. Ils se terminent toujours au moment où il est impossible de refermer le livre, si bien que le livre se lit rapidement.

Pour moi, Les Demoiselles est une belle lecture. C’est un roman attachant qui me laisse déjà un souvenir ému de ces couseuses d’espadrilles.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ 1/2 ♡

Le résumé des éditions ALBIN-MICHEL – 17 juin 2020 : « Il n’y a que trois règles ici, Rosa. La première : ne jamais tomber amoureuse. La deuxième : ne jamais voler l’homme d’une autre. La dernière : ne boire que du champagne millésimé. » Seule l’une de ces trois règles sera respectée. J’avais quinze ans quand j’ai pris la route ce matin-là, et une seule idée en tête : rejoindre le Pays Basque, devenir couseuse d’espadrilles, et échapper à mon destin. Jusqu’à ce que je rencontre les Demoiselles. Des femmes fantasques et mystérieuses vivant au milieu des livres, des jarretières et des coupes de champagne. Qui étaient-elles ? Quel secret cachaient-elles ? Libres et incandescentes, accompagnées d’un majordome plus grand qu’une cathédrale, d’un chauffeur louche et d’un perroquet grivois, les Demoiselles n’auraient jamais dû croiser ma route. Pourtant, ces femmes ont changé ma vie.

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