PREMIÈRES LIGNES : Quel est ce roman ?

Je profite de citer le blog de Ma lecturothèque et de son célèbre rendez-vous « Premières lignes » pour introduire ce livre qui m’a bien surprise dès les premiers paragraphes.

Quel est ce roman ? Aimeriez-vous entrer dans ce contexte historique ? J’avoue que je suis étonnée d’être confrontée à un tel personnage dès les premières lignes. Je m’attendais à une victime plutôt qu’un bourreau… Je vous laisse découvrir :

Automne 1945
Altaussee, Autriche

Elle n’avait pas l’habitude d’être traquée.
Les mains posées sur ses genoux, la femme contemplait le lac bleu ardoise qui scintillait sous ses yeux. Sur le banc, à côté d’elle, un journal était plié. Les gros titres proclamaient des arrestations, des morts, des procès à venir qui, apparemment, se tiendraient à Nuremberg. Elle n’était jamais allée à Nuremberg mais elle connaissait les hommes qui allaient y être jugés. Certains, juste de noms. Mais d’autres avaient trinqué au champagne avec elle en signe d’amitié. Ils étaient tous condamnés. Pour leurs crimes contre la paix. Contre l’humanité. Leurs crimes de guerre.
En vertu de quelle loi ? Elle avait envie de hurler, de frapper cette injustice de ses poings. De quel droit ? Mais la guerre était finie et les vainqueurs avaient gagné celui de décider ce qui était un crime et ce qui ne l’était pas. Ce qui était humain et ce qui ne l’était pas.
Ce que j’ai fait était humain, songea-t-elle. J’ai eu pitié. Mais jamais les vainqueurs ne l’accepteraient. À Nuremberg, ils rendraient leurs jugements irrévocables, décidant de condamner à la pendaison un homme ou une femme pour des actes qui, dans le passé, avaient été commis en toute légalité.
Elle porta une main à sa gorge.
Fuis ! S’ils te trouvent ou s’ils apprennent ce que tu as fait, ils te passeront la corde au cou.
Mais où pouvait-elle aller dans ce monde qui lui avait pris tout ce qu’elle aimait ? Ce monde de loups en chasse ? Elle qui avait été la chasseresse était aujourd’hui la proie.
Alors cache-toi. Fais-toi discrète et échappe-leur.
Elle se leva et marcha au hasard le long du lac. Il lui évoquait le souvenir douloureux d’un autre lac, le lac Rusalka, son havre en Pologne, aujourd’hui dévasté, perdu à jamais. Elle devait se faire violence pour mettre un pied devant l’autre. Elle n’avait pas la moindre idée de sa destination. Mais elle refusait de rester ici, recroquevillée, paralysée par la peur, pour finir sur un plateau de la balance de leur fausse justice. Un pas après l’autre, sa détermination s’intensifia.
Fuis.
Cache-toi.
Ou meurs.

Avril 1946

Six coups de feu.
Sur la rive du lac Rusalka, elle avait tiré six coups, sans essayer de dissimuler son crime. À quoi bon ? Le rêve d’empire de Hitler ne s’était pas encore écroulé, la forçant à fuir et à disparaître. Ce soir-là, sous un clair de lune en Pologne, elle était libre de ses actes et elle avait abattu six personnes de sang-froid. Six coups de feu, six balles, six corps tombant dans les eaux sombres du lac. Tremblant, les yeux écarquillés par la peur, ils avaient trouvé refuge sur la berge. Des Juifs, échappés de l’un des trains vers l’est, peut-être, ou des survivants, fuyant l’une des purges périodiques de la région.
La femme brune les avait trouvés, réconfortés, rassurés en leur affirmant qu’ils étaient en sécurité. Elle les avait emmenés chez elle, dans sa maison sur le lac, et, souriante, les avait invités à se restaurer. Puis elle les avait reconduits à l’extérieur et les avait tués. Peut-être s’était-elle attardée à admirer les reflets de la lune sur l’eau, à respirer l’odeur de la poudre. Mais l’exécution nocturne de ces six enfants, au plus fort de la guerre, n’était pas son premier crime. (…)

Saisissant, non ?

A la lecture de ces deux parties du prologue, ma première question a été : « Pourrais-je avoir des liens ou une certaine empathie avec ce personnage ? ».

Jamais je n’ai commencé une histoire en entrant par l’antagoniste… et quel antagoniste ! Ma deuxième question fut la suivante : « Pourrais-je comprendre les actes d’un tel personnage ? ». Cette tueuse porte en elle tout ce qui m’est intolérable : la froideur de son geste, le calcul de ses actes, le rejet de l’autre, l’abomination de l’être. Comment peut-on nourrir des enfants et les tuer de sang-froid ? C’est perturbée mais curieuse que j’ai fait confiance à l’auteure. Je suis entrée dans ce roman. Je savais qu’il serait fort en émotion. Malgré la brutalité des personnages, ce récit me plairait, assurément…

En relisant cette introduction, après avoir parcouru les cinq premiers chapitres, je me suis posée multiples questions : l’auteure ne me manipulait-elle pas ? Après tout, qui était ce monstre ? Est-il vraiment celui que j’imaginais ou pire encore ?

Ces deux extraits vous donnent-ils, comme moi, envie d’entrer et de lire ce roman ? L’avez-vous lu ? Que sucite-t-il en vous : rejet ou attrait ? intérêt et répulsion ?

J’aime les livres historiques, surtout cette période et ce conflit mondial que je ne m’explique pas : cette haine de l’autre au point de vouloir son extermination.

Kate QUINN choisit trois personnages pour nous transporter dans le monde de l’après seconde guerre mondiale : Jordan, une jeune américaine dont le principal hobby est la photographie, Ian, un ancien reporter de guerre qui traque les nazis qui ont réchappé à la terrible vengeance populaire et Nina, une polonaise victime des horreurs de la guerre. Chaque chapitre a son lot de révélations… Les dix premiers sont riches en questionnements et en interrogations : pourquoi ces trois personnages si différents ? Quels liens les attachent l’un à l’autre ? Pourquoi ce décalage dans le temps : Jordan en 1946, Ian et Nina en 1950, quelques années après ? Comment allaient-ils se rencontrer ?

Bientôt, je vous écrirai mon avis et vous offrirai le titre de ce roman… sauf si vous avez déjà découvert de quel livre il s’agit… Maintenant, je me lance dans la lecture de ces histoires. A très prochainement pour ma chronique…

3 réflexions sur « PREMIÈRES LIGNES : Quel est ce roman ? »

    1. Bravo ! En effet, le début de ce roman est riche en révélations qui donnent envie d’en savoir plus… Les hypothèses dans ma tête se fabriquent toutes seules… J’ai hâte d’en savoir plus. Je n’en suis qu’au début mais je pense dévorer cette histoire très rapidement. Je suis déjà conquise… J’espère le rester.
      J’aime bien cette auteure. Ses livres me passionnent beaucoup.

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