Après l’océan de Laurence PEYRIN : magnifique récit narré avec un talent incontestable

J’adore Laurence PEYRIN : son écriture, ses héroïnes, ses trames, ses histoires, les ambiances et les contextes qu’elle décrit.
Son dernier roman a été, pour moi, un COUP de COEUR. En effet, Une toute petite minute m’a autant étonnée qu’il m’a charmée avec son héroïne sortie de prison. J’ai aussi beaucoup aimé par Ma Chérie, L’aile des vierges, Les jours brûlants.

Dans cette nouvelle histoire, Après l’océan, j’y retrouve un clin d’œil à La cuisinière, qui avait transmis la typhoïde dans son entourage avec un aveuglement touchant mais aussi le bal des folles (série qui m’a assez remuée par son sujet et le traitement infligé aux malades). Que de romans (et films) poignants et étonnants, de beaux récits de vie que je vous invite à lire et à découvrir (si ce n’est déjà fait).

Aujourd’hui, je découvre un autre décor.
Deux sœurs rescapées du naufrage du Titanic débarquent à New York, cette ville cacophonie, écrasante et anonyme. L’auteure a le don de construire l’ambiance, de reconstituer les angoisses de Molly, mutique depuis la catastrophe et le décès de ses parents, de son frère et de l’époux de Letta.
Letta tente de recréer un contexte de vie favorable à la guérison de sa petite sœur, essayant d’aller au-delà de son deuil. Elle se bat pour deux contre tous les obstacles qui se dressent sur le chemin de leur reconstruction : elles sont les proies des journalistes, des inconnues perdues dans un New York réaliste et historique, elles luttent contre un système qui malmène les malades déprimés ou traumatisés, elles vivent sous l’influence du pouvoir et de l’argent, de la bêtise humaine et de la modernité d’une époque qui les dépasse.

La direction de ce roman est particulière, singulière. Entre la psychologie de ces femmes désœuvrées et le dépassement d’elles-mêmes, on avance pas à pas, dans un récit atypique. Ce n’est pas un roman d’amour mais une histoire de construction, d’une re-construction de soi dans un nouvel univers féroce, d’un relèvement ou d’un dépassement. On y parle de différences, d’exclusion et de rejet de l’autre, d’égalité et d’inégalités, d’exploitation des plus faibles ou des minorités. C’est un roman moderne qui se déploie dans les toutes premières années du XXème siècle, en mai 1912, qui appelle des idées et des réflexions actuelles… des questions que l’on se pose encore.

Ainsi Laurence PEYRIN va encore plus loin avec sa plume, autrefois romantique, constructive et voyageuse, combattante, féministe .
Son héroïne, Letta (Natalie aussi) est aujourd’hui poignante, comme tous les portraits féminins qu’elle a sus dresser. Les personnages qui entourent Letta, Molly, Natalie, sont nuancés, fins, terriblement réalistes : ils ont des préjugés, des opinions, des valeurs, des faiblesses, des combats. Ils persuadent les protagonistes mais ils sont aussi à destination des lecteurs. Je me suis sentie interrogée et questionnée par ses mots.

Dans un New York vivant et écrasant, l’auteure invoque des messages profonds dans une histoire peu commune et réflexive. J’aime particulièrement l’écriture de Laurence PEYRIN parce qu’elle me conduit vers un univers que je ne soupçonne pas, que je ne devine jamais à la lecture des premières lignes. J’ai été transportée par les chapitres, ballotée par les épreuves, submergée par les obstacles, déchirée par des à priori que je combats.

Je pense qu’on peut ne pas apprécier le contexte et le sujet de ce livre mais on ne peut pas (de toute évidence) rester insensibles à la profondeur de ses thèmes. Bonne découverte.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Le résumé des éditions CALMANN LEVY – 06 avril 2022 : Rescapées du Titanic, que deviendront les deux sœurs Alistair, seules dans un New York inconnu ?
En ce printemps 1912, parmi d’autres naufragés hagards tirés de l’océan, Letta Alistair, 24 ans, serre contre elle sa petite sœur Molly en regardant approcher la statue de la Liberté.
Elles sont les deux seules survivantes de leur famille, engloutie comme 1491 personnes avec « l’insubmersible » Titanic.
Les sœurs Alistair ont tout perdu. Leur père, Charles, dit le roi de la tourte, célèbre pour ses pâtes brillantes, ses viandes moelleuses mêlées d’oignons caramélisés,
avait embarqué famille et biens pour développer son savoir-faire à New York. Letta ne peut même pas s’autoriser le désespoir, car Molly l’inquiète, plongée depuis le drame dans un profond mutisme.
Le naufrage du Titanic est un événement majeur qui secoue toute l’Amérique, et les victimes sont prises en charge, logées à l’hôtel, examinées à l’hôpital.
Et après ? Letta va devoir puiser très loin en elle pour survivre dans ce New York qu’elle n’aime pas et qu’elle ne comprend pas.
Et se battre pour sauver sa petite sœur bientôt qualifiée de « folle » dans un siècle qui traite mal les fous…

4 réflexions sur « Après l’océan de Laurence PEYRIN : magnifique récit narré avec un talent incontestable »

  1. Je n’ai jamais lu cette auteure mais j’avais repéré « Ma chérie » à sa sortie. Lequel conseillerais-tu si tu devais n’en choisir qu’un ou pour quelqu’un qui souhaite découvrir sa plume ? Car je pense suivre ton conseil. 😊

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    1. J’ai réfléchi à ta question… pas facile… je suis allée de nouveau sur ton blog pour repérer tes préférences… hum… je ne suis pas sûre de moi à 100 % mais je dirais : Une toute petite minute ou Les jours brûlants pour ces histoires de reconstruction. Peut-être pas Après l’océan qui est plus psychologique et moins dans l’action. Je pense que tu devrais te fier à ton intuition et au résumé qui t’inspire le plus… Je te souhaite une très belle découverte et j’espère que tu seras aussi conquise que moi.
      Je reste à ta disposition si nécessaire. J’attendrai ton retour et to avis sur cette auteure.

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