Celle que je suis de Claire NORTON

Le résumé des éditions ROBERT LAFFONT – 1er avril 2022 : Valentine vit dans une petite résidence d’une ville de province. Elle travaille à temps partiel au rayon librairie d’une grande surface culturelle. Les livres sont sa seule évasion ; son seul exutoire, le journal intime qu’elle cache dans le coffre à jouets de son fils. Et son seul bonheur, cet enfant, Nathan, qui vient de souffler ses six bougies. Pour le reste, Valentine vit dans la terreur qu’au moindre faux pas, la colère et la jalousie de son mari se reportent sur Nathan…
L’arrivée d’un couple de voisins âgés dans l’appartement d’en face va complètement bouleverser sa vision du monde. Car comment résister à la bonté de Guy, qui se conduit avec Nathan comme le grand-père qu’il n’a jamais eu ? Comment refuser la tendresse de Suzette, cette femme si maternelle, elle qui a tant manqué de mère ? Peu à peu, Valentine se laisse apprivoiser.
Jusqu’au jour où elle commet une minuscule imprudence aux conséquences dramatiques… Mais une chose change tout, désormais : elle n’est plus seule pour affronter son bourreau et reconstruire sa vie volée.

Je pensais avoir déjà lu des livres de Claire NORTON : je m’aperçois que non. Pourtant, je connais nombre de ses couvertures que j’ai frôlées, que j’ai consultées mais qui m’ont laissée poursuivre ma route.

Les promesses de ce livre :
Aujourd’hui, celle qui me retient est Celle que je suis. Un enfant, une mère, une union, un amour : c’étaient les éléments qu’il me fallait pour m’accrocher à cette lecture.
Le résumé est une promesse de fortes émotions.
Ce nouveau roman est l’objet de multiples éloges. On le dit touchant, émouvant…

Je suis persuadée qu’on ne ressort pas indemnes de ce récit.

De mon côté, qu’est-ce que j’en pense ?
Après, Il nous restera ça de Virginie GRIMALDI, le défi est rude. Après tant de ressentis, de palpitations et de respect du travail de l’auteure, l’entrée dans Celle que je suis a été difficile. Je commence un livre qui n’a pas le même phrasé, pas la même intensité. Alors il me faut quelques chapitres pour me faire à cette nouvelle plume et à ce style d’écriture.

Le thème abordé est touchant : comment ne pas être révolté(e)s contre les violences faites aux femmes ? Avec les confinements successifs, le féminicide est d’actualité : combattu, débattu, remis dans les priorités. La note de Claire NORTON est certainement, pour moi, le moment le plus vrai et le plus dramatique, celui que tout être devrait lire. L’auteure nous sensibilise à l’indifférence nocive. Personne ne devrait ignorer les cris, les coups, les marques de ces victimes. Une telle ignorance raisonnée est intolérable, je la rejoins.

Valentine est l’héroïne qui représente ce combat.
Valentine est un personnage passif qui, peu à peu, va sortir de sa léthargie, grâce à ses nouveaux voisins de palier, Guy et Suzette, deux retraités, remplis de bienveillance et d’attention. Ce qui m’a le plus touchée est l’intérêt qu’ils portent au fils de Valentine. Ce petit garçon a rendu le récit encore plus sensible et plus dramatique.
Les scènes de ce récit sont terribles, impossible de rester insensibles.

Cependant, je ne peux cacher que je suis restée distante et peu enthousiaste face au déroulé de cette intrigue. Dès le départ, vous l’avez senti, j’ai eu du mal à m’attacher à Valentine. J’imagine que ses « mensonges », les « interdits » fixés par son mari ont été transgressés trop facilement. Je m’attendais à des obstacles plus importants et à sa plus grande résistance face aux aides apportées.

L’apparition de son ami d’enfance m’a laissée un sentiment mitigé : je pense que cette aide n’a pas été suffisamment exploitée. Ce personnage perd son rôle au cours de la chute de l’histoire. Il devient presque transparent à la fin de l’expérience : j’y vois là un dilemme pour l’auteure : choisir un récit de pure romance ou un écrit réaliste où la victime a besoin de temps pour se reconstruire ?
Je regrette qu’il n’y ait pas une conclusion plus précise pour lui, que le choix reste évasif.

Quant au dénouement, il est inattendu. Claire NORTON nous apporte la surprise, un rebondissement difficilement anticipable dans la « vraie vie ». Passé et présent se rejoignent pourtant. Les faiblesses de l’enfance de Valentine se réparent : est-ce réaliste ? N’est-ce pas artificiel ?

En bref
Je suis partagée, tiraillée entre le réalisme dramatique de ce roman – ce terrible sujet d’actualité lié à la maltraitance – et le côté fictionnel, imaginaire et romancé – la réparation des blessures du passé – : l’ensemble crée des contradictions et ne me convainc pas.

La construction du roman : choix judicieux ?
L’histoire de Valentine nous est contée en deux voix : celle du journal intime de la jeune mère et une narration extérieure qui la met en vie et en action.
Le journal intime est assez présent dans les premiers chapitres. Sa place s’estompe dans la suite du roman pour devenir un témoignage à destination des femmes violentées en conclusion.

Ma question : Qu’est-ce qui pouvait prédestiner ce récit initial à ce rôle « préventif » ? Valentine pouvait-elle anticiper l’importance de son expérience pour les autres femmes ?
Ce D. pour identifier Daniel, son mari, cette façon de le nommer comme dans un récit journalistique m’a gênée dès le début. Une nouvelle fois, je sens que le rôle premier de l’écrit a changé au cours du livre pour apporter un côté « éthique » ou moral au livre.

Alors, je termine Celle que je suis, touchée par le sujet du livre, c’est certain, mais peu convaincue par le traitement à mi-chemin entre le fictif et le témoignage.

Je me souviens…
Ce roman me rappelle celui de Maude PERRIER, une raison d’espérer, une histoire qui m’avait tant émue, à l’époque.
Dans les deux romans, les écrivaines nous plongent dans le même thème. La différence réside dans le traitement de ce sujet : il me semble que Claire NORTON joue sur deux tableaux : le désir de réalisme et le fictif romancé. Maude PERRIER fait un choix unique : la romance ; elle passe un contrat avec moi et ne déroge pas de route : elle reste dans le genre, en l’assumant de bout en bout.

Mon évaluation : ♥ ♥ 1/2 ♥
Est-ce le mélange des intentions de lecture qui m’a troublée ou est-ce le contraste avec les émotions du précédent roman ?
Parfois, les ressentis, les attentes de lecture, les premiers mots de l’auteur nous donnent un avis qui est difficilement explicable. Mon avis est tellement à l’inverse de ceux que j’ai lus que je me sens perplexe. Comme je l’écris souvent, mon opinion est personnelle et offerte à un moment T de ma vie.

J’espère avoir expliqué ma chronique dans le respect de vos émotions et de l’auteure.

Bien livresquement.