Archives pour la catégorie Thrillers et policiers

Le fantôme du Vicaire d’Eric FOUASSIER

Comme je vous l’écrivais dans la chronique précédente, j’ai aimé le premier tome du Bureau des affaires occultes d’Eric FOUASSIER. Cette deuxième expérience est toujours aussi agréable mais d’une autre teneur.

C’est le personnage de Valentin VERNE, le policier du XIXème siècle, qui m’a conquise page après page. Ce deuxième tome le met vraiment en avant, davantage que l’intrigue que mène son collaborateur. Je l’ai suivi avidement, chapitre après chapitre, inquiète, savourant les obstacles que l’auteur dresse sur son chemin.

J’ai aussi été comblée par l’antagoniste, le Vicaire, ce religieux immoral et terrible. Il est furtif, insaisissable tel un fantôme. Il permet aux lecteurs de faire le jour sur le passé de notre héros : Valentin n’a pas encore livré tous ses secrets. Entre traques, poursuites et fuites, ce deuxième tome est la promesse de nouvelles révélations : c’est un pari gagné pour l’auteur.

Ce que j’apprécie dans ces séries (bien construites et dont je raffole), c’est ce fil directeur (et personnel ou intime) que l’auteure déroule d’enquêtes en enquêtes, cette promesse de percer le mystère d’un personnage. Je suis vraiment frustrée lorsque les publications ne vont pas jusqu’à leur terme parce qu’il me manque l’indispensable et ce qui me tenait en haleine. Ici, j’ai tout le loisir d’apprécier les révélations sur l’existence de ce policier si particulier : ce livre lui est presque entièrement consacré.

Malgré une nouvelle affaire (enquête autour des sciences occultes et paranormales) qui est donc secondaire, les péripéties et l’atmosphère dans laquelle elles se déroulent me plaisent énormément. J’aime cette ambiance sombre, partir à la découverte des dédales des rues et des souterrains de l’ancien Paris, rencontrer des personnages, ennemis ou amis. principaux ou secondaires. L’auteur dresse des portraits complets, fins et détaillés : une vraie réussite.

Ce deuxième opus m’a convaincue et j’attends avec impatience la suite des aventures de Valentin Verne même si je ne sais dans quelle direction Eric FOUASSIER va pouvoir nous entraîner (et entraîner Valentin). L’auteur a largement fait du tri dans ses personnages (grosses et terribles surprises pour moi). Je suis bien curieuse de découvrir la destinée de ce bureau des affaires occultes. La fin est trop marquante pour imaginer de la douceur dans les prochains tomes. Affaires à suivre, donc…

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ 1/2 ♥

Le résumé des éditions ALBIN MICHEL – 02 mai 2022 : Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné. Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité ?

Le bureau des affaires occultes – 1 – d’Eric FOUASSIER

Le résumé des Editions ALBIN MICHEL – 03 mai 2021 : Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Convaincue par la popularité de cette série, j’ai profité de cette fin d’été pour commencer Le bureau des affaires occultes.

Si les premières pages et les premiers chapitres ne m’ont pas éclairée (ils m’ont même désorientée), j’ai vite été aspirée/inspirée par le personnage de Valentin VERNE et par ses péripéties à travers le vieux Paris.

L’ambiance est celle des Misérables : des ruelles pavées et sombres, des coins d’immeubles coupe-gorges, des individus cachés sous des porches, des prostituées en attente d’un client. Eric FOUASSIER a une écriture précise et agréable, qui sait rendre la noirceur de la capitale et des hommes, qui me permet l’immersion totale dans ce siècle dépassé.

Quant à l’enquête, elle démarre doucement, mettant en scène le policier avec ses ressentis, ses sentiments, ses aspirations et sa quête. Plus j’avance dans le roman, plus je le trouve humain, avec ses qualités et ses faiblesses, attachant et intéressant. C’est un homme qui a des connaissances scientifiques certaines, une intelligence fine, une intuition indispensable. Les relations qu’ils nouent avec les autres personnages sont intéressantes et, mis à part le début, je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ces occultes affaires.

Le roman est construit habilement avec un fil directeur assez particulier : je me suis interrogée sur le lien entre le fameux Damien, le Vicaire et Valentin, suspectant davantage qu’une traque d’un inconnu par un inconnu. Le dénouement est intrigant et donne envie de se plonger dans la suite des aventures.

Cette série est prometteuse. J’ai envie de voir ce personnage s’épanouir, s’ouvrir et se réaliser pleinement. Les bases sont solides pour que l’aventure de lecture se poursuive pour moi.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ 1/2 ♥

Là où chantent les écrevisses de Delia OWENS

Avant de visionner le film au cinéma, j’ai voulu me plonger dans ce roman pour ressentir les émotions et vivre les mots de Délia OWENS. L’expérience m’a appris que je suis plus sensible à l’écriture qu’aux adaptations cinématographiques, même si certaines sont de grande qualité. C’est chose faite !

Tant d’éloges m’avaient convaincue qu’un jour, il faudrait que je découvre la vie de la fille du marais : son passé, son expérience, qui elle est vraiment. J’ai été passionnée par l’ambiance et par la trame de l’histoire, par son découpage. Le parallèle entre l’enfance de Kya et les événements qui découlent de cette période de vie est vraiment bien construit… puis vient ensuite le procès : le plaisir est intense chez moi ! J’adore les récits qui décrivent les jurés. J’adore me plonger dans les arguments du procureur et de la défense me bâtissant, moi-même, mon opinion… comme si j’y étais.

Les personnages sont finement décrits. Je n’ai pas pu rester insensible à la galerie de personnages principaux et aux autres, plus secondaires, mais qui ont un vrai rôle dans l’histoire. J’avais lu des commentaires très enthousiastes : ils sont mérités. Là où chantent les écrevisses est un beau roman que j’aurai du mal à oublier.

Le contexte est particulier : les images fourmillent dans mon esprit. Je vois le marais, la lagune, ses langues d’eau à travers la végétation, la cabane sur un ponton de bois, le village et son humeur hostile. Tout est clair dans ma tête. L’auteure a réalisé un beau travail de descriptions sans que celles-ci soient lourdes : elles sont juste pertinentes et participent aisément à l’histoire.

Que dire du travail de Kya ? de ses capacités à être autonome, solitaire aussi ? à son don d’écriture et de dessins ? Kya représente un personnage à multi-facettes que j’ai bien cerné et que j’ai beaucoup aimé.

Quant à l’intrigue et ce décès au pied de la tour… L’auteure nous fait languir… pour un plaisir que j’espère retrouver dans le film.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ ♥

Le résumé de l’éditeur LE SEUIL – 02 janvier 2020 : Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour.
La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Une périlleuse affaire de Deanna RAYBOURN

Le résumé des éditions HAUTEVILLE – 06 juillet 2022 :
Londres, 1887.
Au Curiosity Club, établissement réservé aux femmes intrépides, l’aventurière Veronica Speedwell rencontre lady Sundridge, qui la supplie d’accepter une tâche impossible : sauver de l’exécution le mécène Miles Ramsworth.
Accusé d’avoir sauvagement assassiné sa maîtresse, Ramsforth sera pendu dans une semaine si le vrai coupable n’est pas identifié. Les secrets qui entourent cette affaire sont nombreux, y compris la véritable identité de l’énigmatique lady Sundridge. Avec Stoker, son collègue naturaliste, Veronica se lance donc dans une course contre la montre pour trouver le meurtrier.

Le premier tome des enquêtes de Veronica Speedwell a attiré mon attention : le personnage principal (l’enquêtrice) s’est avéré fort différent et remarquable par rapport aux nombreuses séries Cosy Mistery que je suis.

Cette introduction, Un étrange Prélude tome 1, a forcé ma curiosité car elle fait appel directement et intimement à l’enquêtrice (sa vie, son passé), dans un contexte très anglais, au XIXème siècle.

Cette série semble avoir multiples atouts pour me conquérir et me charmer. De toute évidence, j’ai eu besoin de confirmer mon intérêt pour cette série. J’ai donc commencé dans la foulée du précédent Une périlleuse affaire qui est le 2ème livre.

Lorsque je débute ce nouvel opus, les événements et le fil conducteur sont frais dans ma mémoire. L’auteure, Deanna RAYBOURN, réalise vraiment une suite, je ne pense pas qu’on puisse zapper les aventures du premier tome pour comprendre l’ensemble.

Je retrouve les personnages les plus mémorables et importants : Veronica et Mr Soker que j’ai plaisir à retrouver mais aussi des personnages secondaires comme Lady C et les deux inspecteurs de Scotland Yard. J’ai eu l’impression d’être très vite plongée dans la nouvelle problématique sans avoir affaire à des retours et à des rappels trop longs. Cela m’a semblé être un point positif pour ma fluidité de lecture mais cela risque aussi d’être embêtant lorsque, plus tard, j’aborderai le 3ème tome et les suivants s’ils tardent à être traduits et édités en France (en français).

Le temps est compté dans cette affaire : la vie d’un homme en dépend. Si les preuves de son innocence ne sont pas trouvées en une semaine, Ramsforth sera pendu. Veronica est embarquée dans cette course contre la montre, elle plonge aussi son partenaire dans l’aventure. Tous deux entretiennent une relation agréable et pimentée : tantôt complices, tantôt à couteaux tirés, j’aime la complicité de Mr Stoker et de Miss Speedwell. J’en apprends plus quant à leur passé et ce sont ces mystères qui me tiennent en haleine plus que l’enquête en elle-même. L’évolution des personnages m’intéresse hautement.

Quant à l’investigation propre à ce tome, elle a des hauts et des bas : ce que je garderai en mémoire, ce sont les transformations (je reste vague pour ne rien spoiler…) que nos deux héros subissent, ainsi que leurs sorties nocturnes. J’ai aimé les situations de stress, improbables et parfois à la limite du ridicule pour eux mais très amusantes pour le lecteur. J’ai apprécié aussi les disputes et les réparties de nos deux compères : ils font mouche pour notre plus grand plaisir quant à heurter la sensibilité d’autrui.

Dans l’ensemble, c’est un deuxième tome qui est une bonne continuité avec le premier. Les personnages sont hors du commun, très attachants. J’éprouve une véritable curiosité et un vrai attrait pour eux. J’attends avec impatience la prochaine sortie (en français) des suites des enquêtes de Veronica Speedwell. C’est une série remarquable que j’ai grand plaisir à parcourir. Le moindre détail est important : je me suis faite avoir plusieurs fois parce que je n’étais pas bien attentive… Pour la suite, l’auteure ne m’aura pas !!

Mon évaluation :  ♥ ♥  et 1/2 

Un étrange prélude : Une enquête de Veronica Speedwell (Tome 1) de Deanna RAYBOURN

Cette héroïne a le mérite de marquer les esprits : elle a la répartie rapide, l’esprit vif et la langue acérée. Elle est cultivée, intelligente et perspicace… Pourtant Veronica Speedwell se retrouve dans une situation assez inconfortable : définitivement orpheline et sans attache familiale, faussement mariée, embarquée malgré elle au sein de meurtres, d’enlèvements, de manipulations. La chasse aux papillons est mise de côté, la voilà emportée dans une promenade foraine (et d’autres embuscades) qui est loin d’être de tout repos.

Le résumé des éditions HAUTEVILLE – 06 avril 2022 :
Londres, 1887. Maintenant que sa vieille tante est enterrée, Veronica Speedwell est libre de reprendre ses voyages pour une noble cause : la recherche scientifique, et, occasionnellement, un peu de batifolage amoureux.
Aussi habituée à chasser les papillons qu’à éconduire ses admirateurs, Veronica a l’intention de s’embarquer dans l’aventure d’une vie ! Mais le destin en décide autrement… Veronica doit bientôt se libérer d’une tentative d’enlèvement, avec l’aide inattendue d’un énigmatique baron allemand. Il la confie à l’un de ses amis, un naturaliste reclus et irascible nommé Stoker.
Lorsque le baron est assassiné sans avoir pu révéler ce qu’il savait du complot contre elle, Veronica, poursuivie par un assaillant insaisissable, est contrainte de former une alliance avec Stoker pour découvrir la vérité.

Ce Mystery Cosy commence fort, le ton est donné. La narratrice comme l’héroïne développe un style de parler bien caractérisé : poli, affûté, pertinent. Les dialogues sont piquants. La situation initiale (discussion entre le prêtre, sa femme et Veronica) laisse présager la suite de l’aventure. J’ai affaire à un personnage haut en couleurs, qui connaît les règles et les conventions mais qui en joue.

Veronica Speedwell se dévoile aux lecteurs sans détour. Elle est franche, elle a des objectifs précis, elle est observatrice et ne passe pas par quatre chemins pour dire sa pensée. Elle affronte les situations, les personnages, les obstacles de la même façon : avec obstination, intelligence, raisonnement et détermination. Mais cela ne l’empêchera pas de tomber dans des dispositions fâcheuses que l’auteure nous concocte avec délice. En effet, Deanna RAYBOURN ne ménage pas son imagination et les positions cocasses dans ce premier tome. J’assiste à un tourbillon de péripéties toutes plus inédites les unes que les autres. C’est grisant, étonnant et amusant, sans oublier qu’on se creuse la cervelle pour ne rien laisser échapper de ce prélude.

L’enquête est bien ficelée : Veronica est enquêtrice par la force des circonstances. Elle est faite pour démasquer son poursuivant et pour comprendre ses motivations en même temps que les lecteurs.

A l’origine, l’héroïne est lépidoptériste. Traduction : c’est une amatrice qui capture, collecte et observe les papillons. Elle est aussi fan de la nature humaine qu’elle observe, dissèque et inventorie avec délice. Dans son aventure, elle est accompagnée d’un être aussi extra ordinaire, spécial et inhabituel qu’elle, Monsieur Stoker. Lui est un spécialiste de la taxonomie. Nous voilà embarqués, donc, dans une affaire des plus exceptionnelles et curieuses… avec des compagnons étranges mais non dénués d’intérêt.

Nul répit dans les pages qui se succèdent. Les chapitres défilent et m’offrent un lot de révélations, d’intrigues et de suspense. Plus j’avance dans le livre, plus je me passionne pour ce petit bout de femme qui surprend et détend. Les rencontres sont nombreuses, hors du commun. Je me demande pendant une bonne partie du roman comment les indices de cette enquête sont disséminés et, surtout, comment je vais les mettre bout à bout pour connaître l’identité et l’objectif du poursuivant. L’ensemble s’imbrique subtilement mais il est impossible pour le lecteur de prévoir cette introduction (cet étrange prélude) à la série.

Cette aventure est assez inhabituelle pour moi, pétillante et remarquable surtout pour les personnages caractérisés et cette entrée en la matière. Je me demande ce que le deuxième tome va donner : je suis curieuse de connaître la suite des tribulations de cette héroïne perspicace mais surtout de suivre ce premier fil directeur des investigations de l’héroïne. Comment cette première enquête va pouvoir donner lieu à d’autres dont Une périlleuse affaire? Quels liens vont entretenir Miss Speedwell et Mr Stoker au fil des tomes ?

Enfin, c’est une belle aventure qui me guette. Je vais de ce pas entrer dans la deuxième phase des enquêtes de Veronica Speedwell pour me faire une idée de cette série.

Mon évaluation : ♥ ♥  et 1/2 

La preuve des contraires de Caitlin WAHRER

La preuve des contraires fait partie d’une sélection que j’avais réalisée avant de partir en vacances. C’est une belle découverte, un thriller policier que j’affectionne pour son côté psychologique.

Le résumé des éditions SONATINE – 16 juin 2022 : 
Octobre 2015. Le téléphone sonne chez Julia et Tony Hall, qui vivent une existence paisible dans leur grande maison du Maine. Tony répond puis se rue au chevet de son frère, Nick. Celui-ci vient d’être admis aux urgences après avoir été violemment agressé la veille par un inconnu rencontré dans un bar. Le monde de Tony s’effondre. Et plus encore lorsque l’inspecteur Rice, chargé de l’enquête, commence à douter du témoignage de Nick. Si Tony est prêt à tout pour sauver son frère, Julia, elle, est prête à tout pour sauver son mari à la dérive.
Février 2019. Le téléphone sonne à nouveau chez les Hall. Au bout du fil, l’inspecteur Rice, à qui Julia n’a pas parlé depuis des années. À la retraite, malade, celui-ci demande à la voir. Il a des révélations à lui faire sur cette affaire qui n’a cessé de l’obséder, des révélations qui vont remettre en question toutes les apparences.

Cette enquête est une belle surprise. J’affectionne beaucoup ces quatre personnages : la victime (Nick), Tony (son frère), Julia (la compagne de Tony) et John Rice, le policier. Ces quatre-là entretiennent des relations qui sont intéressantes. Ils se livrent au compte goutte. J’aime leur personnalité. J’apprécie ce qui les a construit (les drames familiaux et les combats de chacun). Je savoure leur ouverture d’esprit et cette discrétion ou retenue qui contiennent leurs actes et leurs pulsions.

Le roman nous plonge dans deux époques : celle du drame (2015) et l’époque actuelle (2019) où tous les indices se croisent pour ouvrir sur la vérité. En alternance de ces deux temps, l’auteure nous livre avec parcimonie les faits distribuant la narration aux quatre personnages.

L’histoire est terriblement bien construite, toute en suspense. La tension monte. Les révélations sont disséminées à juste dose. Les personnages s’ouvrent et évoluent jusqu’au final : plusieurs rebondissements m’attendaient. J’ai anticipé différents points de tensions : je n’ai pas été déçue même si certains étaient prévisibles.

Au final, c’est un roman bien ficelé, psychologique, qui témoigne des méandres de l’esprit et de la conscience. J’adore ce genre d’histoire. Je recommande La preuve des contraires.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ ♥ 

La nuit des anges d’Anna TOMMASI

Je remercie les éditons PRELUDES, ainsi que l’auteure et NetGalley pour cette lecture découverte.

Le résumé des éditions PRELUDES – 2 mars 2022 : Alice, jeune mère divorcée, décide après dix ans d’absence de revenir à Perros Guirec, la ville de son enfance. Elle espère en profiter pour retrouver sa famille,  des paysages familiers, et laisser derrière elle un passé douloureux. Mais dans ce coin de Bretagne chargé de souvenirs, l’angoisse s’installe rapidement : ses parents sont devenus des étrangers, son amour de jeunesse  est obsédé par l’enlèvement de sa sœur, qui a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, et les visages jadis connus  ne sont plus que des fantômes. Bientôt, c’est toute la ville qui est secouée d’un vent  de panique avec la disparition d’une fillette. Le début  du cauchemar pour Alice, embarquée malgré elle dans une enquête à double vitesse, entre le passé et le présent…

J’ai choisi ce livre dans le catalogue NetGalley pour sa couverture et son titre. J’aime ce mystère qui se dégage, cette sobriété dans le paysage et cette inquiétude que l’on devine. De ce fait, je pensais lire un roman purement policier ou thriller. En fait, ce récit se situe à mi chemin entre différents genres : la romance et le policier, le récit de vie.

Alice est le personnage qui mène l’intrigue : elle recueille les indices du présent qu’elle noue au passé pour livrer le secret de la disparition de Victoire, son amie d’enfance.
Elle est accompagnée de son garçon, un enfant en situation de handicap, atteint d’un trouble du spectre autistique. Cette figure est réaliste et donne de la profondeur et de l’intérêt à cette histoire : il a retenu mon attention.
Alice retourne dans son village natal et retrouve des personnes de son passé dont ses parents, Teddy (l’amour de jeunesse) et des camarades et leur famille.

L’auteure a voulu nous offrir des souvenirs du passé, images floues et tronquées, que, nous, lecteurs, on soupèse. On évalue avec le personnage principal, Alice, la part de vérité dans chacun des protagonistes et la transformation de ces enfants (anges ou démons ?) devenus adultes. L’idée est bonne. J’aime fouiner dans les évènements du passé, faire le tri avec le personnage, du vrai du faux, du ressenti de la réalité… C’est un style de roman qui m’intéresse toujours et que je recherche. Mais, dans La nuit des anges, la trame bâtie ne m’a pas séduite.

J’ai trouvé Teddy troublant et déroutant, pas forcément attachant : séducteur mais virulent parfois (désagréable, aussi).
La première partie m’a semblé longue avec une mise en place difficile : s’y installent plutôt la romance et le récit de vie pour, en deuxième partie, s’axer sur les indices, l’intrigue principale, la recherche du coupable.
Je n’abandonne pas mes lectures mais je me suis posée la question pour celle-ci. J’avais pris un engagement, j’ai poursuivi ma découverte.
Ce qui m’a déçue : le dénouement qui présente un coupable machiavélique et assez caricatural.

Ce n’est pas une lecture que j’ai appréciée. Mes attentes n’ont pas été satisfaites : manque d’actions ? de tension ? de consistance dans les personnages ? Cette histoire n’a pas suscité d’émotions chez moi. C’est dommage mais cela arrive…
Mon évaluation : ♥ ♥

Dans les brumes de Capelans d’Olivier NOREK

Le résumé des éditions Michel LAFON – 07 avril 2022 : Une île de l’Atlantique, battue par les vents, le brouillard et la neige…
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense…
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles…
La jeune femme qu’il y garde enfermée…
Et le monstre qui les traque.

Olivier NOREK est un auteur que j’aime beaucoup : ses enquêtes ont toujours su me convaincre. Nul doute que les Brumes de Capelans allait atterrir dans ma pile de livres à lire. J’ai profité de la nouveauté pour découvrir le dernier roman de cet auteur. Une belle découverte en Outre-Mer, sur une île où j’aimerais poser le pied… un jour.

Comme pour tous ses livres, le rythme est omni présent. Les chapitres défilent, courts et percutants, tels des scènes de cinéma. En quelques mots, l’auteur plante le décor, il donne le ton et l’ambiance, il va droit au but. L’enquête avance sans une once d’ennui ou de répit.

Avec les Brumes de Capelans, je suis dans une intrigue classique : un prédateur, des victimes, un enquêteur (pour les fans, c’est le retour du célèbre Victor Coste). Olivier NOREK mise sur le côté psychologique et profiler des personnages. L’action est présente, inconditionnelle et nécessaire. Mais…

Mais… (et oui, pour moi, il y a un « mais »)… le thème de l’histoire est moins profond et moins engagé…. presque manquant (à mon goût) pour garder la force des précédents romans.
L’écriture est éloignée de l’actualité de Entre deux mondes (la jungle de Calais), de l’état d’agressivité des premiers romans Code 93, Territoires, Surtensions, romans qui m’avaient littéralement charmée par le réalisme et bouleversée par la violence des personnages au centre des banlieues parisiennes, au même titre que Bac Nord, le film français co-écrit et réalisé par Cédric Jimenez, sorti en 2020.
D’où mon idée d’intrigue policière « plus classique »… et moins engagée.

J’aime quand même ce livre et je le recommande. Il m’a fait passé un bon moment. Il n’est pas celui que je placerai en haut de ma liste de mes préférés. Il a l’avantage de nous plonger dans un cadre différent : Saint-Pierre (de St-Pierre-et-Miquelon) et auprès de personnages particuliers et à multiples facettes : victime-prédateur ou prédateur-victime, le roman est bien construit avec une structure attendue (un prologue intéressant et 4 parties) et un épilogue bien pensé, progressif : une version officielle et une version off.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ 1/2 ♥

Farleigh Field de Rhys BOWEN

Ce livre est difficile à ranger : à mi-chemin du roman historique, de guerre ou d’espionnage, roman à suspense, romance… J’aime assez ce mélange des genres.

Le résumé AUTO-EDITION / AMAZON CROSSING – 15 mai 2018 : Lorsqu’un parachutiste trouve la mort sur le domaine ancestral de Farleigh Place, Lord Westerham et ses cinq filles, jusque-là épargnés, sont soudain touchés par la Seconde Guerre mondiale. L’inconnu est-il un espion allemand ? Agent du MI5 et ami de la famille, Ben Cresswell est chargé de mener secrètement l’enquête. Cette mission lui offre l’occasion de se rapprocher de Pamela, la troisième fille de Lord Westerham, dont il est amoureux. Mais elle aussi cache un secret : son travail au centre de décryptage de codes de Blechtley Park.
Au fil d’une enquête où se croisent traîtres et espions et qui le ramène inexorablement à Farleigh Place, Ben découvre l’existence d’individus dont les projets, s’ils réussissent, pourraient bien altérer le cours de l’Histoire.

Rhys BOWEN nous plonge en pleine deuxième guerre mondiale, à quelques kilomètres de Londres qui subit les bombardements et en France, à Paris, sous la menace de la Gestapo.

L’ambiance me rappelle Downtown Abbey : j’y retrouve la campagne, les coutumes et traditions de vie, des propriétaires comme des domestiques. Nous suivons la famille de Lord Westerham, les filles et leurs connaissances.

Ben Cresswell, ami de la famille, est missionné, incognito, pour enquêter sur la mort d’un parachutiste qui a atterri sur le domaine. Jérémy, aviateur prisonnier des Allemands, blessé, rejoint Pamela sur sa terre natale pour un séjour de récupération. Pamela bénéficie d’une permission, elle tait son rôle de décrypteuse de messages secrets dans des bureaux de Londres. Margot est sous le joug des Allemands, amoureuse d’un Résistant français. Phoebe est en mal d’activités et certainement de reconnaissance tandis que Diana pleure la première saison qu’elle n’a pas eue.

Rhys BOWEN construit une intrigue à multifacettes qui mêle les aventures indépendantes des filles Westerham. Je me plais à suivre leur destin qui s’imbrique au-delà du sang. Dans cette ambiance de guerre, les événements prennent vie et réalité au-delà de la fiction et de l’imagination. Ce livre résonne en moi, appelle des émotions et des angoisses, active la réflexion quant au courage et aux choix que chacun réalise.

J’aime l’écriture de cette auteure que j’ai découverte avec Son espionne royale mais que j’ai particulièrement appréciée avec l’enfant toscan. Ce roman est plus ancien que ceux cités, intéressant mais peut-être moins captivant que ma dernière lecture. Les nombreuses directions que prend ce roman ne sont pas forcément abouties : celle des domestiques (par exemple). Les personnages sont traités avec sympathie et leurs mauvais pas sont rapidement dépassés. Il manque certainement un peu de terreur dans ce monde de guerre mais je ne reproche pas à la fiction d’enjoliver cette période de conflits.

Mon évaluation : ♥ ♥  1/2

Un long, si long après-midi de Inga VESPER

Le résumé des éditions MARTINIERES BL – 04 mars 2022 : Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin.
Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre.
Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.

Mes attentes :
C’est avec beaucoup d’attentes et d’espoir que j’entre dans cette histoire. Le résumé est prometteur. Je rêve d’avoir entre les mains un chef d’œuvre, un texte qui me fera ressentir beaucoup d’émotions, tel la couleur des sentiments.

Après la lecture :
Je ne suis pas déçue. Le contexte est dans la lignée de ce que j’imaginais : lutte des classes, combat de femmes, quête de droits. Ce livre pourrait davantage être comparé à Alabama, 1963 que j’ai bien aimé : un flic et l’association improbable d’une « insignifiante » femme de couleur, unis dans la quête de vérité et de justice, improbablement liés contre une société qui cherche à s’épanouir mais qui reste prisonnière des préjugés et de la bêtise humaine.

Quel combat ?
Deux combats : celui de Joyce, femme au foyer blanche, enfermée dans un rôle qui n’est pas celui dans lequel elle s’épanouit. Celui de Ruby, une femme de ménage, noire, à son service, qui n’est pas non plus dans un statut qui lui offre épanouissement et liberté.
Le combat est classique et déjà traité dans de nombreux romans, mais je ne me lasse pas, d’autant plus que je remarque l’auteure. Inga VESPER a de véritables compétences syntaxiques que j’aurais plaisir à retrouver plus tard, si elle nous offre un second roman (traduit).

Quel cadre ?
1959, une époque charnière, dans la société américaine, où la promesse d’égalité est encore un idéal : les droits sont acquis mais les mentalités sont profondément attachées au passé, aux habitudes, aux préjugés archaïques.

Quelle condition féminine ?
Joyce disparaît : mort, fugue, séquestration ? Son absence suscite un intérêt particulier sur la condition féminine. Sa disparition met le feu aux poudres. Je suis, à travers les deux voix, le destin de femmes tellement différent : soumission, rébellion, lutte, acceptation ?
Chaque facette cache un masque ; chaque masque dissimule une vie et un espoir, souvent vain. J’aime beaucoup ces multiples visages qui parlent tous de la condition féminine et des choix de chacune : Mme CANE est le personnage qui m’a le plus surprise. Mon empathie est allée vers l’épouse de Mick. Le personnage central et celui qui a le plus de dilemmes me semble être celui de Ruby.

Ce que j’en pense…
J’ai aimé ce livre et cette enquête : l’atmosphère est bien créée. L’ambiance est scénique grâce aux chapitres dynamiques et courts passant d’une voix à l’autre. Les personnages sont riches, divers, portant une éthique et des points de vue qui se confrontent. C’est l’association de Ruby et de Mick qui est au centre de cette intrigue mais les satellites d’opinions tout autour d’eux sont intéressants, rendant la description de la société plus complexe et riche. Jusqu’à la dernière page, le sort de Joyce nous interpelle, comme dans Ma chérie.

Mon évaluation :  ♥ ♥ ♥ ♥. Un bon livre que je recommande.
Une intrigue prenante qui nous emmène facilement jusqu’au bout.
Une écriture juste et recherchée que j’ai appréciée.
Une équipe comme je les aime : discordante mais complice dans le respect de l’autre et le choix de la justice. A lire…