Archives pour la catégorie Thrillers et policiers

Blizzard de Marie VINGTRAS : COUP de COEUR

Le résumé des éditions de L’OLIVIER – 26 août 2021 : Au coeur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Ma découverte : le hasard des rencontres :
Sur une célèbre radio française, en courant (je fais aussi quelquefois des footings… mais la lecture n’est jamais loin…), j’ai été sensible à la promotion de ce livre. Je ne connais ni l’auteure, ni la maison d’édition. Le résumé a piqué ma curiosité. Je ne sais si l’histoire est psychologique ou à la limite du thriller, peu m’importe, j’ai envie d’entrer dans ce huis clos, dans ce froid polaire. Je frémis d’avance alors que les heures de ce petit garçon sont comptées.

Ce que j’en attends :
Sur la couverture, ce petit être que le climat condamne n’est pas nommé. Il est presque insignifiant. Par contre, nous connaissons déjà Bess. Est-elle quelqu’un de proche : sa mère ? sa nourrice ? Je sais seulement qu’elle lui tenait la main. Seul ce lien, presque insignifiant, est à ma portée : cet enfant est-il consentant ? Traîné de force ? Une kyrielle de questions s’impose et me conduise vers ce récit. Est-il à la hauteur de mes attentes de lecture ?

Mon avis, après la lecture :
J’espérais lire un thriller : j’ai obtenu satisfaction.
Trois voix se partagent ce huis clos glacial : Bess, une jeune femme du Nevada, bien peu adaptée aux coutumes de cette région d’Alaska ; Cole, un alcoolique fort antipathique et Freeman, un ancien militaire noir qui porte un nom bien contradictoire avec la vie qu’il a vécues.

Les chapitres sont courts et percutants. Chaque parcours est retracé. L’auteure nous offre les détails et les principaux virages de chaque existence. Un peu moins de 200 pages nous sont offertes. Je ne perds pas le fil des histoires et cherche le point commun à ces trois destinées. Thomas est central. Mais qui est Thomas disparu ?

L’intrigue (les intrigues) sont parfaitement organisées et ficelées. Pas une pointe d’ennui ne vient m’interrompre, c’est même le contraire, j’ai hâte de continuer ma lecture : elle m’obnubile, elle me passionne. Je suis béate d’admiration devant ce suspense maîtrisé. J’ai adoré les portraits psychologiques, cette alternance de points de vue qui s’entrecroisent avec la disparition du petit garçon et de Bess. Chasse à l’homme ou sauvetage… de qui ? de quoi ?… J’avoue être conquise par ce roman qui mérite la découverte et l’intérêt.

Mon évaluation : COUP de COEUR ♡ ♡ ♡ ♡ ♡

Le fracas et le silence de Cory ANDERSON

Un livre jeunesse ? Destiné à un jeune public ? Ah oui… vraiment ?

Le résumé de FLEUVE éditions – 07 octobre 2021 : Pour éviter de devoir confier son frère à un orphelinat, Jack doit apprendre à survivre. A tout prix.

Je remercie l’éditeur et l’auteur pour cette lecture. Merci aussi à NetGalley pour ces découvertes.

Je pensais découvrir un livre jeunesse : le ton et l’ambiance sont davantage destinés à des lecteurs plus avertis. Certaines scènes et situations pourraient choquer les plus jeunes.

Ca commence fort ! Jack découvre le corps de sa mère dans la maison familiale : elle s’est suicidée, pendue. Il enfouit ses sentiments au plus profond de lui-même. Il réagit illico : pour échapper aux services sociaux, il se lance dans une course contre la montre contre la précarité. Son principal objectif : préserver son frère cadet, Matty, et lui assurer une vie décente…

Les scènes sont dynamiques. Les chapitres sont courts. Le roman défile rapidement. Chaque partie commence par une voix dont on ne connaît que la teneur mélancolique et dramatique : celle d’une inconnue qui intervient dans l’histoire. C’est une jeune adolescente qui se dévoilera seulement dans la deuxième partie de l’intrigue. Les trois personnages principaux sont liés par le passé de leur père : des gangsters avides de ce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de profiter : une somme d’argent qui a disparu.

Jack se comporte comme un adulte mature. Il a l’expérience de la vie même s’il est jeune et adolescent. Il prend des risques, il se questionne, il agit. Nul ennui dans ce roman. J’ai été surprise par ce récit : je m’attendais à une histoire moins violente et plus feutrée.

Je suis assez intéressée par la trame, l’écriture de l’auteur, l’action qui ne tarit pas : un film défile sous mes yeux. Les scènes s’enchaînent. Elles m’emmènent sur des chemins que je n’avais pas prévus. Ce roman est haletant dans sa structure, par les péripéties qu’il fait subir à notre héros. L’attachement de Jack à son frère Matty est la raison de mon attention sur ce roman. Ces deux garçons sont attachants. Nul doute que Jack peut se sacrifier pour son cadet, il l’aime plus que tout.

La fin est digne d’un film américain : confrontation et justice sont les maîtres mots : les mauvais meurent (peut-être…), l’équilibre est rétabli. Je reste sur ma faim pour le dénouement, pas certaine d’avoir tout saisi : la voix des débuts de chapitre est-elle justifiée ou pas ? réelle ? possible ? Je me questionne sur les temps de narration : passé et présent… L’auteur boucle le récit : une boucle bouclée, vraiment ? Quelques interrogations subsistent et me laisse pensive…

Mon évaluation : ♡ ♡ 1/2 ♡

Les Samaritains du Bayou de Lisa SANDLIN

Merci aux éditions BELFOND pour cette lecture. Ce fut pour moi la découverte d’une plume riche et poétique qui offre une atmosphère particulière à ce roman policier avec deux partenaires aussi improbables qu’attachants. Je recommande…

Les Samaritains du Bayou

Une auteure que je vais prendre plaisir à suivre pour son écriture poétique et acerbe. J’ai particulièrement aimé les atmosphères, la mise en action des personnages où les actes valent toutes les descriptions psychologiques…

NetGalley

Mon partenaire lecture : un grand merci pour toutes les lectures que vous me proposez.

Tous mes remerciements aussi aux éditeurs qui me font confiance.

Le résumé des éditions BELFOND – 02 septembre 2021 : Puisant dans l’atmosphère envoûtante du Vieux Sud, Lisa Sandlin tisse un premier roman noir tendu, poétique, habité de personnages aussi complexes qu’émouvants. Une pépite récompensée par le Dashiell Hammett Prize et le Shamus Award, les plus hautes distinctions de la littérature suspense américaine.
Après quatorze ans passés derrière les barreaux pour avoir mis en pièces l’un de ses deux violeurs, Delpha Wade retrouve enfin le chemin de la liberté. Mais rien ni personne n’attend une ex-taularde, a fortiori en 1973, dans une petite ville du fin fond du Texas.
Le bureau du privé Tom Phelan, un Cajun débonnaire en reconversion professionnelle, est un point de chute inespéré pour Delpha. Avec sa discrétion et son sérieux, la jeune femme devient vite une secrétaire indispensable au détective néophyte.
Ensemble, ils parcourent le bayou pour traquer les fugueurs, les menteurs, les maris infidèles, réparer les âmes cabossées, soigner les laissés-pour-compte. Un duo de choc, détonnant et pourtant complémentaire.

Mais sous la carapace, un feu gronde en Delpha, le besoin dévorant de se venger de son second violeur qui court toujours. Un homme dont elle est convaincue qu’il est là, tout proche. Et qu’il la guette…

Personnages : Qui sont-ils? Delpha et Phelan ne sont pas des figures classiques même si, dans les bons policiers, polars et thrillers, plus elles sont particulières, plus elles participent à l’accroche de l’histoire. Ces deux-là sont vraiment particuliers : une ex-taularde, sage comme une image, et un futur détective qui a besoin d’une secrétaire pour être à la hauteur de l’image de son projet.

Delpha sort de prison après avoir pris quatorze ans suite à un meurtre. Elle se fond dans une image qui l’aidera à s’insérer dans cette société qui n’a pas su la protéger des actes violents. Les premiers chapitres la dépeignent telle qu’elle devrait être pour réussir son insertion : modérée et désireuse de se faire oublier pour réussir sa future existence. Petit à petit, au fil des pages et de sa plongée dans la liberté, elle prend sa forme et sa substance : tantôt secrétaire pleine d’esprit, philosophe et réfléchie, observatrice et coéquipière indispensable, tantôt garde-malade d’une vieille femme en fin de vie, tantôt femme amoureuse : tous ses portraits la révèlent. J’ai beaucoup accroché avec cette personnalité.

Phelan est un ancien infirmier militaire qui ouvre sa boîte : il est une espèce de détective qui n’a pas encore beaucoup œuvré. Tel qu’on l’imagine, il est intelligent, attiré par les détails, silencieux, l’œil aux aguets, bienveillant. Il accorde presque aveuglément sa confiance au petit bout de femme qu’on lui « impose ». Le duo est charmant et promet des aventures exceptionnelles.

Leur rencontre est improbable. Elle invite au questionnement. L’association promet un lien riche et fructueux.

L’affaire… Les affaires ? Dans ce roman, plusieurs enquêtes sont confiées à Phelan (mari infidèle, un adolescent disparu, un chien empoisonné… on est loin des faits grotesques : tout est traité avec sérieux).

Les intrigues s’imposent et s’entrecroisent. Elles donnent naissance à un fil conducteur (la quête d’un coupable), à des personnages principaux et secondaires d’une consistance psychologique telle qu’on se croirait dans un film ou dans la réalité, à un contexte social et historique réels.

Lisa SANDLIN mêle les évènements sociétaux du passé et sa propre représentation du Texas / Louisiane des années 1950/60. Cela donne une atmosphère particulière et étonnante, une épaisseur au roman comme je les aime. C’est anodin, léger, sérieux et oppressant : tout à la fois. Les scènes s’égrainent apportant surprise et intensité à ce monde assez sombre.

Bilan ?

J’ai aimé ce roman pour l’écriture de l’auteure, pour ces personnages différents, pour la profondeur donnée à ces êtres humains, pour le contexte et l’atmosphère glauques et chauds. J’ai eu envie de sourire par moment, emplie d’espoirs pour ces deux héros, frémissant quant au sort que la vie leur impose (et leur a imposé). J’attends la suite avec impatience….

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Evergreen Island de Heidi PERKS

Le résumé des éditions PRELUDES – 6 octobre 2021 :
Une île. 
Une femme. 
Des secrets enfouis. 
Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux…
Déterminée à découvrir la vérité, Stella retourne sur l’île, mais elle s’aperçoit rapidement que les insulaires ne sont pas aussi accueillants que dans ses souvenirs, et qu’ils sont prêts à tout pour protéger leurs secrets.

Ce roman à suspense est tout à fait à mon goût. Je remercie les éditions PRELUDES pour ce service de presse.

L’alternance des temps, présent et passé, est bien orchestrée. Stella est la voix contemporaine. Le récit est partagée entre différents points de vue qui apportent un éclairage particulier à ce passé trouble.

La coïncidence entre la découverte du cadavre déterré et la fuite de la famille de Stella en pleine tempête, des années auparavant, sème le doute dans l’esprit de la jeune femme comme dans la nôtre.

Ses frère et sœur ont aussi leur part d’ombre : un garçon différent et une aînée qui ne semble n’avoir jamais trouvé sa place dans la famille. Viennent aussi les figures passées/présentes des voisins, témoins muets et inquiets d’évènements difficilement explicables.

S’ajoute le huis clos d’une vie sur l’île d’Evergreen. A la bonne saison, le ferry, conduit par le père de Stella, transporte quelques touristes. Ils ne restent jamais longtemps. Les habitants n’ont pas changé depuis des décennies. Alors quand le corps est découvert, Stella se demande qui est cet(te) inconnu(e) et comment il est possible que personne n’est remarqué son absence… J’ai adoré cette ambiance « petit village » où tout le monde connaît les actes, l’existence des petits secrets de l’autre, sans jamais les révéler aux étrangers.

Stella est aussi mystérieuse que ses anciens compagnons de vie. Le lecteur ne sait quelle vérité elle détient sur l’évènement, sur son frère, sur sa sœur, sur la relation entre ses parents.

Avec adresse et une plume fluide, Heidi PERKS mène la narration comme une experte du suspense. Les récits sont intéressants, amènent leurs lots d’indices, de troubles et de questionnements.

J’ai passé un agréable moment, sans m’ennuyer une seule seconde. Evergreen Island est donc un roman que je recommande pour les adeptes des romans psychologiques à mystère, mêlant secrets enfouis et double temporalité.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡ 

On se reverra… de Lisa JEWELL

Le résumé des éditions HAUTEVILLE – 18 avril 2018 : Qui est cet homme assis sur la plage en pleine tempête, sur le lieu d’un crime commis vingt ans plus tôt  ? Il n’a pas de nom, pas de manteau, et a perdu la mémoire. Alice prend l’inconnu sous son aile et décide de l’héberger, sans savoir qu’il va bouleverser sa vie à jamais.
Au même moment, dans la banlieue de Londres, Lily attend en vain le retour de l’homme qu’elle vient d’épouser et dont la police tarde à signaler la disparition. Parviendra-t-elle à retrouver celui pour qui elle a tout abandonné  ?

C’est parti pour un policier suspense. Je ne crois pas avoir déjà lu de romans de Lisa JEWELL mais celui-ci m’a été conseillé par une amie.

La problématique de cet homme assis sur la plage : il n’a plus aucun souvenir. Il ne parvient pas à comprendre ce qu’il fait là, sur cette plage inconnue, ni qui il est, quel est son passé et d’où vient cette sensation étrange d’avoir fait du mal à quelqu’un. Il rencontre Alice, une mère célibataire de trois enfants qui s’éprend de lui. Alice a le don de toujours faire les mauvais choix mais elle est charmée par cet inconnu qui la touche.

Deux récits se mettent en place : la voix d’un passé (année 1993) et celle du présent de cet homme et d’Alice. Les événements se font échos, amènent rebondissements et questionnements, créent l’intrigue et le mystère. Pourtant, la vérité se lit entre les lignes, foncièrement bon ou terriblement mauvais, Franck (l’inconnu rebaptisé) peut-il être ce que les apparences montrent de lui ?

J’ai toujours aimé les histoires autour de l’amnésie. Elles sont sources de tensions. Celle-ci sort un peu de l’ordinaire. La rencontre entre Alice et Franck donne un éclairage différent. Lisa JEWELL nous donne un récit étoffé et correctement construit. Pas mal !

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡

Fêtes fatales au manoir d’Hannah DENNISON

Le résumé des éditions CITY EDITIONS – 3 février 2021 : Rien ne va plus à Honeychurch. Alors, pour la première fois, les aristos désargentés qui possèdent le manoir ont décidé d’organiser une journée portes ouvertes pour renflouer les caisses et réparer la toiture qui tombe en ruine. Les visiteurs se pressent pour admirer les trésors de la noble famille, comme le célèbre «  Faucon Ensanglanté  », un oiseau momifié dont on raconte qu’il est maudit… Alors forcément, quand le majordome meurt écrasé par une vieille armure, tout le monde pense que la malédiction a encore frappé  ! Le pire, c’est que les cadavres continuent de s’accumuler comme les scones à l’heure du thé. Kat Stanford, la détective amateur du village, décide de prendre les choses en main. Il y a urgence à démasquer le tueur, car à ce rythme-là, il ne restera bientôt plus personne à Honeychurch  !

Plus cette série avance, plus j’aime l’évolution des personnages. Kat gagne en sagesse et en sérénité. Elle se pose enfin et trouve un bel équilibre entre son métier et son implantation dans le domaine Honeychurch. Ses relations sont plus claires, entre attachement et détachement : très proche de sa mère, Iris, bienveillante avec Harry, silencieuse et observatrice des différents pensionnaires qui participent à l’exposition et à cette fameuse fête fatale.

Elle est amoureuse dans ce tome… Guy est l’heureux élu mais David, son ex, n’est jamais loin (surtout en raison du vol des montres à gousset déjà déclarées volées quelques années plus tôt). Quant au policier Shawn, il a décidé de se reprendre en main et de faire un travail sur lui-même, métamorphose qui ne laisse pas indifférente Kat.

Sa mère, la romancière, est attachante. Son amitié avec Délia est à son image : contradictoire, tourmentée et amusante. Les deux femmes rivalisent et sympathisent le plus souvent. Les querelles sont risibles et drôles. Harry et son alter ego évolue comme un petit garçon qu’il est, accompagné d’une complice de son âge qui ne manque pas de piquant et d’idées saugrenues.

Les livres d’Hannah DENNISON sont toujours un peu longs à débuter, à moins que je sois impatiente de rentrer dans le vif de l’intrigue… Celui-ci commence par l’exposition d’un faucon empaillé, aux pouvoirs surnaturels, un oiseau de proie qui saignerait et qui annonceraient de terribles drames. Superstitions ? Présages ? L’auteure nous embarquent dans une intrigue bien bâtie, avec des sous-enquêtes. Tout est ficelé à merveille. Je suis assez envoutée par ce nouveau tome, plus intime et plus personnel, du point de vue de Kate, une belle promesse pour la suite.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Femmes en colère : Roman coup de poing ! Coup de coeur pour Mathieu MENEGAUX et sa plume acérée

Un roman qui entre en communication avec le lecteur… Nous n’assistons pas au procès, nous participons aux délibérations. Nous sommes jurés. Nous découvrons petit à petit la personnalité de l’accusée et les circonstances de ses actes. Répondre aux questions est à priori évident… mais la justice est complexe et notre raison apporte des réponses étonnantes.

Le résumé des éditions GRASSET – 3 mars 2021 : Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des débats  : le président invite les jurés à se retirer pour rejoindre la salle des délibérations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué, et pourtant c’est elle qui réclame justice. Dans cette affaire de vengeance, médiatisée à outrance, trois magistrats et six jurés populaires sont appelés à trancher  : avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau  ?
Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.
Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel.

Je remercie l’auteur, les éditions GRASSET et NEGALLEY pour ce roman offert à ma lecture. J’espérais vraiment ce service de presse, je ne serais pas passée à côté de cette nouvelle publication (je l’avoue).

C’est toujours une chance de découvrir un roman de Mathieu MENEGAUX. J’ai lu chacun de ses livres. Ils sont puissants. Ils me questionnent beaucoup. Je ne peux plus les oublier, j’y repense souvent, je les cite. Cet auteur est à découvrir.

Maintenant que je connais sa plume, je frémis d’avance en ouvrant les pages. Je sais qu’il va me bouleverser. Il écrit sur la justice, toujours en nous relatant une situation poignante et terrible. Femmes en colère ne démérite pas. Ici, nous sommes au coeur d’une cour d’assise, en plein procès, dans les entrailles du jugement. Qui juge ? Comment juge-t-on ? Qui ne s’est pas imaginé convoqué pour juger ?

L’ambiance est parfaite, tant par le cadre, les positions des différentes parties, les questions, les arguments et les opinions diverses et variées. Là encore, la galerie de portraits est intéressante. L’auteur nous dévoile l’essentiel, juste ce qu’il faut dans cette situation précise : les apparences, le langage verbal approprié aux personnalités. Seule l’accusée nous livre davantage d’elle-même. Elle se questionne, nous interroge donc, teste nos préjugés, les réfute et les conforte, c’est selon le lecteur.

Le roman est construit avec un scénario qui nous délivre juste ce qu’il faut de détails pour que notre intérêt monte d’une manière croissante, jusqu’à la curiosité, jusqu’à ne plus pouvoir lâcher cette histoire. Le coup de théâtre final (bien sûr !) est vraiment la touche parfaite de cet écrivain percutant. Je l’attendais, je l’espérais… Il existe un côté machiavélique et manipulateur chez cet auteur qui est assez jubilatoire.

D’abord neutre, j’ai écouté la plainte de l’accusée. Puis est venue la voix des jurés. Les deux s’appelaient et se répondaient. Je ne sais pas quel est votre point de vue sur cette affaire mais le combat de ces femmes en colère a été le mien. J’étais le 8ème juré de cette justice, celui qu’on ne voit pas, mais qui examine sa conscience et sa raison, qui se débat avec ses émotions pour répondre aux questions de la justice, pour juger, pour affliger une peine…

Wahou ! Magnifique ! J’ai adoré ce court roman coup de poing, à la plume acérée, « une plume au scalpel », oui, c’est bien cela dont il s’agit…

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡ ♡ COUP de COEUR pour l’auteur, pour son écriture, pour ce nouveau roman.

Alabama 1963 de Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC

Le résumé des éditions CHERCHE MIDI – 20 août 2020 : Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime.
Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge :  » Les petites filles, ça disparaît pas comme ça…  » Deux êtres que tout oppose. A priori.
Sous des airs de polar américain, Alabama 1963 est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d’assassinat de Kennedy.

Je n’avais pas identifié les personnages sur la couverture de ce roman policier, retraçant les années 1963, en Alabama. L’homme au chapeau, c’est Bud, un ancien flic qui, après avoir tué son partenaire, tombe dans l’alcool et la déchéance. Il est détective, une profession qui n’existe que de nom puisqu’il n’a pas de clients, pas suffisamment… Elle, c’est Adela, une domestique de couleur, veuve, mère de trois enfants, qui subit chaque jour la ségrégation et la haine des Blancs.

J’ai adoré le contexte, le décor et l’ambiance de ce roman. Par certains éléments du quotidien d’Adela, j’ai retrouvé La couleur des sentiments, un chef d’œuvre mémorable et cher à mon coeur. Avec une pointe de sarcasme, de rébellion et de regards critiques, la trentenaire s’oppose à la bêtise humaine, avec intelligence et finesse. Les conversations qui animent ses deux amies de même condition, ou celles qu’elle entretient avec Gloria ou Dorothy, deux femmes blanches aisées, font sourire et sont pleines de bon sens ou totalement inconcevables, tant la discrimination et le sentiment de supériorité peuvent rendre ridicules et bêtes. Incontestables, les auteurs, Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC, ont réussi à nous relater l’une des réalités (une des plus odieuses) des Etats-Unis des années 1960. Quelques faits divers, bien intégrés, quelques références à Kennedy, le Ku Klux Klan : le ton est donné. Il n’y a, selon moi, aucune fausse note dans ce décor. J’en suis même admirative.

Alabama 1963 est, aussi et avant, tout un policier. Des jeunes filles disparaissent sous l’œil indifférent de la société et des autorités blanches. Un corps… un deuxième… sont retrouvés. Viol, étranglement. Crimes horribles et intolérables qui pourtant ne suscitent pas forcément d’émoi dans cette population partagée : Noirs, Blancs, femmes, hommes, le ressenti est variable. Pourtant, c’est l’occasion pour Adela d’aller au-delà d’elle-même et à Bud d’être confronté à son passé et de dépasser ses traumatismes. Leur rencontre est l’occasion de remettre en cause leurs préjugés et d’enquêter, côte à côte.

Jusqu’aux 90 % du livre, j’ai été absorbée par les chapitres, avide de démasquer ce tueur en série. Pour les 10 % restants, j’avoue avoir été déçue par la rapidité de la chute et du dénouement. J’ai été désappointée par le choix des auteurs, la facilité dont ils ont usée pour faire tomber le masque. Je l’ai vécue comme une semi-trahison de leur part, comme s’ils n’avaient pas tenu leur promesse jusqu’à la fin… Impossible pour moi de résoudre cette enquête, d’où ce procédé particulier de faire surgir les pensées du tueur alors qu’il a été muet durant toute la narration… Trop rapide, trop facile, duperie, narration qui perd le suspense et le dynamisme… La fin n’est pas à la hauteur de mes attentes et de la qualité de la presque totalité de cette histoire.

Je recommande, malgré tout, cette histoire pour ce passé lourd et tellement injuste, pour la qualité des relations des personnages, tantôt pleines d’humanité, tantôt dramatiquement terribles, pour l’ambiance, pour ce tableau d’une société qui ne semble pas tout à fait disparue.

En bref : Ce n’est pas un livre qu’il faut lire pour son intrigue policière mais pour l’espoir qu’il offre, l’humanité qu’il promet dans la relation Bud (alcoolique-détective) et Adela (domestique de couleur). Magnifique décor, ambiance superbe, sentiments garantis et sujets sensibles abordés avec un ton sarcastique et une pointe d’humour bien dosée. A découvrir.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ 1/2 ♥

L’impossible pardon de Martine Delomme

Le résumé des éditions PRESSES de la CITE : Force du destin ? Hasard malheureux ? Le monde de Marion vacille avec le retour de celui qu’elle a aimé avec passion huit ans plus tôt. Et dont elle n’a pas pardonné les silences et l’abandon… Marion, femme dans la tourmente qui s’engage aussi, par son métier de journaliste, à faire toute la lumière sur un trafic de vin dans sa région de Montauban. Il y a huit ans, Fabien a disparu sans un mot, laissant derrière lui Marion, son grand amour. Fuyant le trop lourd passé de sa famille, il a tout abandonné. Une longue errance l’a conduit en Italie, où il a changé de nom et est devenu propriétaire d’un vignoble dans le Piémont. Quand, à Montauban, le hasard place sur sa route Marion, et un petit Lucas de sept ans, il comprend rapidement qu’il est le père. Non sans douleur, Marion, elle, a tourné la page : devenue une pugnace journaliste d’investigation, elle est mariée depuis trois ans à Romain, qui travaille également pour la filière viticole, et qui a adopté le petit garçon. Alors que ces retrouvailles viennent troubler son bonheur tranquille, la jeune femme découvre un scandale lié à la communauté vinicole locale. Une affaire de vin frelaté qui, bientôt, expose Marion à de nombreux dangers… Avec la résurgence du passé, sombre et douloureux, Marion et Fabien devront faire face à leurs sentiments exacerbés, et à leur difficulté à trouver le chemin du pardon. Mais existe-t-il seulement un avenir pour eux ?

Romance construite avec une intrigue d’investigation, l’auteure aborde différents thèmes : la shoah, le commerce du vin, les caprices du destin, les décisions d’un couple embarqué dans un passé tumultueux. Ce roman nous emmène dans beaucoup de directions, sans créer chez moi une passion pour l’un ou l’autre des sujets. Je suis restée assez en retrait des dilemmes qui harcèlent Marion.

Le passé a séparé la journaliste de Fabien, le présent leur donne une seconde chance : l’improbable retrouvaille après huit ans d’absence et de croyances jamais étayées. Fabien n’est pas mort, il a changé de vie, troqué son nom, enfoui les secrets de sa famille derrière lui, a tiré un trait sur Marion. Huit ans plus tôt, la femme a donné naissance à leur fils. Agé de sept ans, personne n’ignore de qui il est. Quelle va être la décision de Marion ?

L’auteure, Martine DELOMME et le destin vont orienter Marion vers Fabien. Je m’attendais à des obstacles insurmontables, un Romain combatif, un passé trop lourd à supporter, un adversaire redoutable… Je n’ai pas lu cette dureté imposée à cette femme, au contraire, tout est allé dans le sens d’une réconciliation facile. J’ai donc été plutôt déçue de cette aventure fluide et aisée.

C’est donc une romance douce et sans difficulté qui se lit rapidement, sans émotion particulière. Agréable mais pas mémorable. Les chapitres défilent assez vite. Les personnages secondaires sont bienveillants. Les paysages donnent envie de voyager et de découvrir Bordeaux, Montauban et la Lombardie… Lucas est un lutin mignon et attachant.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡

Je remercie des éditions PRESSES de la CITE, l’auteure et le blog NETGALLEY pour ce service de presse. Merci de votre confiance et pour cette lecture.

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys BOWEN

Le résumé des éditions ROBERT LAFFONT – 6 juin 2019 : Sa deuxième mission royale : baby-sitter une princesse bavaroise. Londres, 1932.
La reine a confié à Georgie une nouvelle mission délicate : elle doit héberger la princesse Hanneflore de Bavière et jouer les entremetteuses entre elle et le prince de Galles dans l’espoir que ce dernier se détourne enfin de son amante américaine.
Mais entre la propension d’Hanni à séduire tout ce qui porte une moustache, son langage de charretier et sa fâcheuse tendance au vol à l’étalage, Georgie a déjà fort à faire. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la princesse bavaroise se retrouve mêlée à un meurtre… Pour éviter un scandale diplomatique, Georgie va devoir remettre sa casquette de détective amateur et se résoudre à démasquer le véritable coupable.

Voici le deuxième tome de la série, qui fait suite au premier. C’est chronologique, c’est un passage obligé, chaque livre apportant sa part de précisions et d’indices pour la suite (je présume)…

L’aventure se poursuit, donc, pour Georgie. Plus qu’une parente, elle devient l’alliée de la reine et son espionne attitrée même si officiellement rien n’est dit. Elle a ses faveurs, elle bénéficie de ses confidences et de ses tracas. Elle doit être ses yeux et ses oreilles, elle doit parer à l’inefficacité de Scotland Yard (rien que ça !) et faire mieux et davantage que les enquêteurs britanniques, dans des milieux royaux où la discrétion est prioritaire et essentielle.

Du point de vue intime et personnel de Lady Georgiana de Rannoch, mêmes constats : elle entre dans la vie autonome, parce qu’elle n’a pas l’intention d’ouvrir son coeur à un noble sans attrait et elle vit sans un sou.

Cette fois, Sa Majesté la missionne de chaperonner une étrange princesse bavaroise. Ce nouveau personnage est sans doute plus caricatural et plus énervant que tous ceux que Rhys BOWEN a créé. A mon goût, Hanneflore de Bavière n’est ni attachante, ni raffinée et dès la première rencontre, elle ne m’inspire aucune confiance. Son entourage se laisse charmer tandis qu’elle me hérisse le poil. Son chaperon, la baronne, est dans la même lignée, aux traits grossiers et assez antipathique. Si bien que la première partie du roman gâte la lecture de cette deuxième enquête.

A partir de la moitié du livre, l’action se précise, les péripéties de Georgie sont beaucoup plus dynamiques, elle saute dans le vif de l’enquête, questionne, va jusqu’à entrer dans des quartiers peu recommandables, se met en péril, s’échappe, sa vie est menacée, elle est en danger. C’est bien plus excitant que les badinages et les imitations de la princesse allemande.

Mitigée sur ce tome, je suis néanmoins intéressée par la suite des intrigues de Son espionne royale. Je reviendrai vers les aventures de Georgie dans quelque temps.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡