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Les Samaritains du Bayou de Lisa SANDLIN

Merci aux éditions BELFOND pour cette lecture. Ce fut pour moi la découverte d’une plume riche et poétique qui offre une atmosphère particulière à ce roman policier avec deux partenaires aussi improbables qu’attachants. Je recommande…

Les Samaritains du Bayou

Une auteure que je vais prendre plaisir à suivre pour son écriture poétique et acerbe. J’ai particulièrement aimé les atmosphères, la mise en action des personnages où les actes valent toutes les descriptions psychologiques…

NetGalley

Mon partenaire lecture : un grand merci pour toutes les lectures que vous me proposez.

Tous mes remerciements aussi aux éditeurs qui me font confiance.

Le résumé des éditions BELFOND – 02 septembre 2021 : Puisant dans l’atmosphère envoûtante du Vieux Sud, Lisa Sandlin tisse un premier roman noir tendu, poétique, habité de personnages aussi complexes qu’émouvants. Une pépite récompensée par le Dashiell Hammett Prize et le Shamus Award, les plus hautes distinctions de la littérature suspense américaine.
Après quatorze ans passés derrière les barreaux pour avoir mis en pièces l’un de ses deux violeurs, Delpha Wade retrouve enfin le chemin de la liberté. Mais rien ni personne n’attend une ex-taularde, a fortiori en 1973, dans une petite ville du fin fond du Texas.
Le bureau du privé Tom Phelan, un Cajun débonnaire en reconversion professionnelle, est un point de chute inespéré pour Delpha. Avec sa discrétion et son sérieux, la jeune femme devient vite une secrétaire indispensable au détective néophyte.
Ensemble, ils parcourent le bayou pour traquer les fugueurs, les menteurs, les maris infidèles, réparer les âmes cabossées, soigner les laissés-pour-compte. Un duo de choc, détonnant et pourtant complémentaire.

Mais sous la carapace, un feu gronde en Delpha, le besoin dévorant de se venger de son second violeur qui court toujours. Un homme dont elle est convaincue qu’il est là, tout proche. Et qu’il la guette…

Personnages : Qui sont-ils? Delpha et Phelan ne sont pas des figures classiques même si, dans les bons policiers, polars et thrillers, plus elles sont particulières, plus elles participent à l’accroche de l’histoire. Ces deux-là sont vraiment particuliers : une ex-taularde, sage comme une image, et un futur détective qui a besoin d’une secrétaire pour être à la hauteur de l’image de son projet.

Delpha sort de prison après avoir pris quatorze ans suite à un meurtre. Elle se fond dans une image qui l’aidera à s’insérer dans cette société qui n’a pas su la protéger des actes violents. Les premiers chapitres la dépeignent telle qu’elle devrait être pour réussir son insertion : modérée et désireuse de se faire oublier pour réussir sa future existence. Petit à petit, au fil des pages et de sa plongée dans la liberté, elle prend sa forme et sa substance : tantôt secrétaire pleine d’esprit, philosophe et réfléchie, observatrice et coéquipière indispensable, tantôt garde-malade d’une vieille femme en fin de vie, tantôt femme amoureuse : tous ses portraits la révèlent. J’ai beaucoup accroché avec cette personnalité.

Phelan est un ancien infirmier militaire qui ouvre sa boîte : il est une espèce de détective qui n’a pas encore beaucoup œuvré. Tel qu’on l’imagine, il est intelligent, attiré par les détails, silencieux, l’œil aux aguets, bienveillant. Il accorde presque aveuglément sa confiance au petit bout de femme qu’on lui « impose ». Le duo est charmant et promet des aventures exceptionnelles.

Leur rencontre est improbable. Elle invite au questionnement. L’association promet un lien riche et fructueux.

L’affaire… Les affaires ? Dans ce roman, plusieurs enquêtes sont confiées à Phelan (mari infidèle, un adolescent disparu, un chien empoisonné… on est loin des faits grotesques : tout est traité avec sérieux).

Les intrigues s’imposent et s’entrecroisent. Elles donnent naissance à un fil conducteur (la quête d’un coupable), à des personnages principaux et secondaires d’une consistance psychologique telle qu’on se croirait dans un film ou dans la réalité, à un contexte social et historique réels.

Lisa SANDLIN mêle les évènements sociétaux du passé et sa propre représentation du Texas / Louisiane des années 1950/60. Cela donne une atmosphère particulière et étonnante, une épaisseur au roman comme je les aime. C’est anodin, léger, sérieux et oppressant : tout à la fois. Les scènes s’égrainent apportant surprise et intensité à ce monde assez sombre.

Bilan ?

J’ai aimé ce roman pour l’écriture de l’auteure, pour ces personnages différents, pour la profondeur donnée à ces êtres humains, pour le contexte et l’atmosphère glauques et chauds. J’ai eu envie de sourire par moment, emplie d’espoirs pour ces deux héros, frémissant quant au sort que la vie leur impose (et leur a imposé). J’attends la suite avec impatience….

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Evergreen Island de Heidi PERKS

Le résumé des éditions PRELUDES – 6 octobre 2021 :
Une île. 
Une femme. 
Des secrets enfouis. 
Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux…
Déterminée à découvrir la vérité, Stella retourne sur l’île, mais elle s’aperçoit rapidement que les insulaires ne sont pas aussi accueillants que dans ses souvenirs, et qu’ils sont prêts à tout pour protéger leurs secrets.

Ce roman à suspense est tout à fait à mon goût. Je remercie les éditions PRELUDES pour ce service de presse.

L’alternance des temps, présent et passé, est bien orchestrée. Stella est la voix contemporaine. Le récit est partagée entre différents points de vue qui apportent un éclairage particulier à ce passé trouble.

La coïncidence entre la découverte du cadavre déterré et la fuite de la famille de Stella en pleine tempête, des années auparavant, sème le doute dans l’esprit de la jeune femme comme dans la nôtre.

Ses frère et sœur ont aussi leur part d’ombre : un garçon différent et une aînée qui ne semble n’avoir jamais trouvé sa place dans la famille. Viennent aussi les figures passées/présentes des voisins, témoins muets et inquiets d’évènements difficilement explicables.

S’ajoute le huis clos d’une vie sur l’île d’Evergreen. A la bonne saison, le ferry, conduit par le père de Stella, transporte quelques touristes. Ils ne restent jamais longtemps. Les habitants n’ont pas changé depuis des décennies. Alors quand le corps est découvert, Stella se demande qui est cet(te) inconnu(e) et comment il est possible que personne n’est remarqué son absence… J’ai adoré cette ambiance « petit village » où tout le monde connaît les actes, l’existence des petits secrets de l’autre, sans jamais les révéler aux étrangers.

Stella est aussi mystérieuse que ses anciens compagnons de vie. Le lecteur ne sait quelle vérité elle détient sur l’évènement, sur son frère, sur sa sœur, sur la relation entre ses parents.

Avec adresse et une plume fluide, Heidi PERKS mène la narration comme une experte du suspense. Les récits sont intéressants, amènent leurs lots d’indices, de troubles et de questionnements.

J’ai passé un agréable moment, sans m’ennuyer une seule seconde. Evergreen Island est donc un roman que je recommande pour les adeptes des romans psychologiques à mystère, mêlant secrets enfouis et double temporalité.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡ 

On se reverra… de Lisa JEWELL

Le résumé des éditions HAUTEVILLE – 18 avril 2018 : Qui est cet homme assis sur la plage en pleine tempête, sur le lieu d’un crime commis vingt ans plus tôt  ? Il n’a pas de nom, pas de manteau, et a perdu la mémoire. Alice prend l’inconnu sous son aile et décide de l’héberger, sans savoir qu’il va bouleverser sa vie à jamais.
Au même moment, dans la banlieue de Londres, Lily attend en vain le retour de l’homme qu’elle vient d’épouser et dont la police tarde à signaler la disparition. Parviendra-t-elle à retrouver celui pour qui elle a tout abandonné  ?

C’est parti pour un policier suspense. Je ne crois pas avoir déjà lu de romans de Lisa JEWELL mais celui-ci m’a été conseillé par une amie.

La problématique de cet homme assis sur la plage : il n’a plus aucun souvenir. Il ne parvient pas à comprendre ce qu’il fait là, sur cette plage inconnue, ni qui il est, quel est son passé et d’où vient cette sensation étrange d’avoir fait du mal à quelqu’un. Il rencontre Alice, une mère célibataire de trois enfants qui s’éprend de lui. Alice a le don de toujours faire les mauvais choix mais elle est charmée par cet inconnu qui la touche.

Deux récits se mettent en place : la voix d’un passé (année 1993) et celle du présent de cet homme et d’Alice. Les événements se font échos, amènent rebondissements et questionnements, créent l’intrigue et le mystère. Pourtant, la vérité se lit entre les lignes, foncièrement bon ou terriblement mauvais, Franck (l’inconnu rebaptisé) peut-il être ce que les apparences montrent de lui ?

J’ai toujours aimé les histoires autour de l’amnésie. Elles sont sources de tensions. Celle-ci sort un peu de l’ordinaire. La rencontre entre Alice et Franck donne un éclairage différent. Lisa JEWELL nous donne un récit étoffé et correctement construit. Pas mal !

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡

Fêtes fatales au manoir d’Hannah DENNISON

Le résumé des éditions CITY EDITIONS – 3 février 2021 : Rien ne va plus à Honeychurch. Alors, pour la première fois, les aristos désargentés qui possèdent le manoir ont décidé d’organiser une journée portes ouvertes pour renflouer les caisses et réparer la toiture qui tombe en ruine. Les visiteurs se pressent pour admirer les trésors de la noble famille, comme le célèbre «  Faucon Ensanglanté  », un oiseau momifié dont on raconte qu’il est maudit… Alors forcément, quand le majordome meurt écrasé par une vieille armure, tout le monde pense que la malédiction a encore frappé  ! Le pire, c’est que les cadavres continuent de s’accumuler comme les scones à l’heure du thé. Kat Stanford, la détective amateur du village, décide de prendre les choses en main. Il y a urgence à démasquer le tueur, car à ce rythme-là, il ne restera bientôt plus personne à Honeychurch  !

Plus cette série avance, plus j’aime l’évolution des personnages. Kat gagne en sagesse et en sérénité. Elle se pose enfin et trouve un bel équilibre entre son métier et son implantation dans le domaine Honeychurch. Ses relations sont plus claires, entre attachement et détachement : très proche de sa mère, Iris, bienveillante avec Harry, silencieuse et observatrice des différents pensionnaires qui participent à l’exposition et à cette fameuse fête fatale.

Elle est amoureuse dans ce tome… Guy est l’heureux élu mais David, son ex, n’est jamais loin (surtout en raison du vol des montres à gousset déjà déclarées volées quelques années plus tôt). Quant au policier Shawn, il a décidé de se reprendre en main et de faire un travail sur lui-même, métamorphose qui ne laisse pas indifférente Kat.

Sa mère, la romancière, est attachante. Son amitié avec Délia est à son image : contradictoire, tourmentée et amusante. Les deux femmes rivalisent et sympathisent le plus souvent. Les querelles sont risibles et drôles. Harry et son alter ego évolue comme un petit garçon qu’il est, accompagné d’une complice de son âge qui ne manque pas de piquant et d’idées saugrenues.

Les livres d’Hannah DENNISON sont toujours un peu longs à débuter, à moins que je sois impatiente de rentrer dans le vif de l’intrigue… Celui-ci commence par l’exposition d’un faucon empaillé, aux pouvoirs surnaturels, un oiseau de proie qui saignerait et qui annonceraient de terribles drames. Superstitions ? Présages ? L’auteure nous embarquent dans une intrigue bien bâtie, avec des sous-enquêtes. Tout est ficelé à merveille. Je suis assez envoutée par ce nouveau tome, plus intime et plus personnel, du point de vue de Kate, une belle promesse pour la suite.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Femmes en colère : Roman coup de poing ! Coup de coeur pour Mathieu MENEGAUX et sa plume acérée

Un roman qui entre en communication avec le lecteur… Nous n’assistons pas au procès, nous participons aux délibérations. Nous sommes jurés. Nous découvrons petit à petit la personnalité de l’accusée et les circonstances de ses actes. Répondre aux questions est à priori évident… mais la justice est complexe et notre raison apporte des réponses étonnantes.

Le résumé des éditions GRASSET – 3 mars 2021 : Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des débats  : le président invite les jurés à se retirer pour rejoindre la salle des délibérations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué, et pourtant c’est elle qui réclame justice. Dans cette affaire de vengeance, médiatisée à outrance, trois magistrats et six jurés populaires sont appelés à trancher  : avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau  ?
Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.
Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel.

Je remercie l’auteur, les éditions GRASSET et NEGALLEY pour ce roman offert à ma lecture. J’espérais vraiment ce service de presse, je ne serais pas passée à côté de cette nouvelle publication (je l’avoue).

C’est toujours une chance de découvrir un roman de Mathieu MENEGAUX. J’ai lu chacun de ses livres. Ils sont puissants. Ils me questionnent beaucoup. Je ne peux plus les oublier, j’y repense souvent, je les cite. Cet auteur est à découvrir.

Maintenant que je connais sa plume, je frémis d’avance en ouvrant les pages. Je sais qu’il va me bouleverser. Il écrit sur la justice, toujours en nous relatant une situation poignante et terrible. Femmes en colère ne démérite pas. Ici, nous sommes au coeur d’une cour d’assise, en plein procès, dans les entrailles du jugement. Qui juge ? Comment juge-t-on ? Qui ne s’est pas imaginé convoqué pour juger ?

L’ambiance est parfaite, tant par le cadre, les positions des différentes parties, les questions, les arguments et les opinions diverses et variées. Là encore, la galerie de portraits est intéressante. L’auteur nous dévoile l’essentiel, juste ce qu’il faut dans cette situation précise : les apparences, le langage verbal approprié aux personnalités. Seule l’accusée nous livre davantage d’elle-même. Elle se questionne, nous interroge donc, teste nos préjugés, les réfute et les conforte, c’est selon le lecteur.

Le roman est construit avec un scénario qui nous délivre juste ce qu’il faut de détails pour que notre intérêt monte d’une manière croissante, jusqu’à la curiosité, jusqu’à ne plus pouvoir lâcher cette histoire. Le coup de théâtre final (bien sûr !) est vraiment la touche parfaite de cet écrivain percutant. Je l’attendais, je l’espérais… Il existe un côté machiavélique et manipulateur chez cet auteur qui est assez jubilatoire.

D’abord neutre, j’ai écouté la plainte de l’accusée. Puis est venue la voix des jurés. Les deux s’appelaient et se répondaient. Je ne sais pas quel est votre point de vue sur cette affaire mais le combat de ces femmes en colère a été le mien. J’étais le 8ème juré de cette justice, celui qu’on ne voit pas, mais qui examine sa conscience et sa raison, qui se débat avec ses émotions pour répondre aux questions de la justice, pour juger, pour affliger une peine…

Wahou ! Magnifique ! J’ai adoré ce court roman coup de poing, à la plume acérée, « une plume au scalpel », oui, c’est bien cela dont il s’agit…

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡ ♡ COUP de COEUR pour l’auteur, pour son écriture, pour ce nouveau roman.

Alabama 1963 de Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC

Le résumé des éditions CHERCHE MIDI – 20 août 2020 : Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime.
Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge :  » Les petites filles, ça disparaît pas comme ça…  » Deux êtres que tout oppose. A priori.
Sous des airs de polar américain, Alabama 1963 est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d’assassinat de Kennedy.

Je n’avais pas identifié les personnages sur la couverture de ce roman policier, retraçant les années 1963, en Alabama. L’homme au chapeau, c’est Bud, un ancien flic qui, après avoir tué son partenaire, tombe dans l’alcool et la déchéance. Il est détective, une profession qui n’existe que de nom puisqu’il n’a pas de clients, pas suffisamment… Elle, c’est Adela, une domestique de couleur, veuve, mère de trois enfants, qui subit chaque jour la ségrégation et la haine des Blancs.

J’ai adoré le contexte, le décor et l’ambiance de ce roman. Par certains éléments du quotidien d’Adela, j’ai retrouvé La couleur des sentiments, un chef d’œuvre mémorable et cher à mon coeur. Avec une pointe de sarcasme, de rébellion et de regards critiques, la trentenaire s’oppose à la bêtise humaine, avec intelligence et finesse. Les conversations qui animent ses deux amies de même condition, ou celles qu’elle entretient avec Gloria ou Dorothy, deux femmes blanches aisées, font sourire et sont pleines de bon sens ou totalement inconcevables, tant la discrimination et le sentiment de supériorité peuvent rendre ridicules et bêtes. Incontestables, les auteurs, Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC, ont réussi à nous relater l’une des réalités (une des plus odieuses) des Etats-Unis des années 1960. Quelques faits divers, bien intégrés, quelques références à Kennedy, le Ku Klux Klan : le ton est donné. Il n’y a, selon moi, aucune fausse note dans ce décor. J’en suis même admirative.

Alabama 1963 est, aussi et avant, tout un policier. Des jeunes filles disparaissent sous l’œil indifférent de la société et des autorités blanches. Un corps… un deuxième… sont retrouvés. Viol, étranglement. Crimes horribles et intolérables qui pourtant ne suscitent pas forcément d’émoi dans cette population partagée : Noirs, Blancs, femmes, hommes, le ressenti est variable. Pourtant, c’est l’occasion pour Adela d’aller au-delà d’elle-même et à Bud d’être confronté à son passé et de dépasser ses traumatismes. Leur rencontre est l’occasion de remettre en cause leurs préjugés et d’enquêter, côte à côte.

Jusqu’aux 90 % du livre, j’ai été absorbée par les chapitres, avide de démasquer ce tueur en série. Pour les 10 % restants, j’avoue avoir été déçue par la rapidité de la chute et du dénouement. J’ai été désappointée par le choix des auteurs, la facilité dont ils ont usée pour faire tomber le masque. Je l’ai vécue comme une semi-trahison de leur part, comme s’ils n’avaient pas tenu leur promesse jusqu’à la fin… Impossible pour moi de résoudre cette enquête, d’où ce procédé particulier de faire surgir les pensées du tueur alors qu’il a été muet durant toute la narration… Trop rapide, trop facile, duperie, narration qui perd le suspense et le dynamisme… La fin n’est pas à la hauteur de mes attentes et de la qualité de la presque totalité de cette histoire.

Je recommande, malgré tout, cette histoire pour ce passé lourd et tellement injuste, pour la qualité des relations des personnages, tantôt pleines d’humanité, tantôt dramatiquement terribles, pour l’ambiance, pour ce tableau d’une société qui ne semble pas tout à fait disparue.

En bref : Ce n’est pas un livre qu’il faut lire pour son intrigue policière mais pour l’espoir qu’il offre, l’humanité qu’il promet dans la relation Bud (alcoolique-détective) et Adela (domestique de couleur). Magnifique décor, ambiance superbe, sentiments garantis et sujets sensibles abordés avec un ton sarcastique et une pointe d’humour bien dosée. A découvrir.

Mon évaluation : ♥ ♥ ♥ 1/2 ♥

L’impossible pardon de Martine Delomme

Le résumé des éditions PRESSES de la CITE : Force du destin ? Hasard malheureux ? Le monde de Marion vacille avec le retour de celui qu’elle a aimé avec passion huit ans plus tôt. Et dont elle n’a pas pardonné les silences et l’abandon… Marion, femme dans la tourmente qui s’engage aussi, par son métier de journaliste, à faire toute la lumière sur un trafic de vin dans sa région de Montauban. Il y a huit ans, Fabien a disparu sans un mot, laissant derrière lui Marion, son grand amour. Fuyant le trop lourd passé de sa famille, il a tout abandonné. Une longue errance l’a conduit en Italie, où il a changé de nom et est devenu propriétaire d’un vignoble dans le Piémont. Quand, à Montauban, le hasard place sur sa route Marion, et un petit Lucas de sept ans, il comprend rapidement qu’il est le père. Non sans douleur, Marion, elle, a tourné la page : devenue une pugnace journaliste d’investigation, elle est mariée depuis trois ans à Romain, qui travaille également pour la filière viticole, et qui a adopté le petit garçon. Alors que ces retrouvailles viennent troubler son bonheur tranquille, la jeune femme découvre un scandale lié à la communauté vinicole locale. Une affaire de vin frelaté qui, bientôt, expose Marion à de nombreux dangers… Avec la résurgence du passé, sombre et douloureux, Marion et Fabien devront faire face à leurs sentiments exacerbés, et à leur difficulté à trouver le chemin du pardon. Mais existe-t-il seulement un avenir pour eux ?

Romance construite avec une intrigue d’investigation, l’auteure aborde différents thèmes : la shoah, le commerce du vin, les caprices du destin, les décisions d’un couple embarqué dans un passé tumultueux. Ce roman nous emmène dans beaucoup de directions, sans créer chez moi une passion pour l’un ou l’autre des sujets. Je suis restée assez en retrait des dilemmes qui harcèlent Marion.

Le passé a séparé la journaliste de Fabien, le présent leur donne une seconde chance : l’improbable retrouvaille après huit ans d’absence et de croyances jamais étayées. Fabien n’est pas mort, il a changé de vie, troqué son nom, enfoui les secrets de sa famille derrière lui, a tiré un trait sur Marion. Huit ans plus tôt, la femme a donné naissance à leur fils. Agé de sept ans, personne n’ignore de qui il est. Quelle va être la décision de Marion ?

L’auteure, Martine DELOMME et le destin vont orienter Marion vers Fabien. Je m’attendais à des obstacles insurmontables, un Romain combatif, un passé trop lourd à supporter, un adversaire redoutable… Je n’ai pas lu cette dureté imposée à cette femme, au contraire, tout est allé dans le sens d’une réconciliation facile. J’ai donc été plutôt déçue de cette aventure fluide et aisée.

C’est donc une romance douce et sans difficulté qui se lit rapidement, sans émotion particulière. Agréable mais pas mémorable. Les chapitres défilent assez vite. Les personnages secondaires sont bienveillants. Les paysages donnent envie de voyager et de découvrir Bordeaux, Montauban et la Lombardie… Lucas est un lutin mignon et attachant.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡

Je remercie des éditions PRESSES de la CITE, l’auteure et le blog NETGALLEY pour ce service de presse. Merci de votre confiance et pour cette lecture.

Chut ! Je lis… Son espionne royale (Tome 2)

Comme j’ai adoré l’entrée dans la série Son espionne royale, j’ai du mal à me retenir et à ne pas suivre les aventures de Georgie dans le tome 2, Son espionne royale et le mystère bavarois.

Car, dans le tome 1, tout commence et les intrigues débutent dans différents domaines. Ce premier livre, c’est le début de tout un tas de mystères et l’explosion d’aventures à venir.

Je vais me délecter de la relation de Georgie avec son frère et sa belle-sœur Fig, son lien avec S.M. (Sa Majesté, la Reine), la commanditaire des missions (à priori), l’entreprise Diadème (je n’en dis pas plus pour ceux qui ne connaissent pas le début de cette histoire), l’étrange et le charmant Darcy O’Mara… sans oublier le grand-père cockney (pas celui qui joue de la cornemuse sur les remparts… car là encore, il y a un fabuleux terreau pour une autre aventure !)… le fils de la reine et son compagnon dans un siècle où la tolérance et l’acceptation ne sont pas encore de rigueur… Belinda… le château familial en Ecosse.

Je suis curieuse et pressée d’avancer dans les intrigues, heureuse de me délasser après une bonne journée de travail… Et vous ? Vous êtes friand(e)s des aventures de cette espionne royale ?

A bientôt pour mon avis sur le tome 2.

Son Espionne royale, tome 1 : Son Espionne royale mène l’enquête de Rhys BOWEN

Une belle expérience que ce premier tome de la série Son espionne royale ! Pour au moins trois atouts :

L’héroïne et le contexte sont atypiques : Comme je vous le disais dans mes attentes de lecture (cliquez ici), je suis dans une époque dans laquelle mes lectures ne sont pas forcément dirigées. 1930 est l’entre deux guerres. Ajoutez le contexte royal et le Royaume Uni, pour que je me sente ailleurs, dans un exotisme tout à fait bienvenu. Cette ambiance change et elle me fait un bien fou. J’y ai côtoyé des calèches (et des taxis), des domestiques (et des gens de toute catégorie sociale), des bals et des tea time, un petit air rétro qui dépayse. Juste parfait ! L’héroïne est simplement adorable, bienveillante, curieuse et tellement maladroite… Je l’ai aimée assez rapidement. J’ai suivi sa nouvelle vie quotidienne avec plaisir, même si tous les obstacles qu’elle rencontre ne sont pas des éléments de l’intrigue policière. Le contexte foisonne, c’est enrichissant.

Une enquête qui n’est pas tout à fait celle que j’attendais : L’auteure nous mène en bateau. Le résumé évoque une enquête sous la forme d’un espionnage… Rhys BOWEN nous emmène autre part. C’est chouette d’être embarquée dans une intrigue différente, ça floute nos représentations et nos hypothèses, c’est amusant et surprenant. Là encore, c’est délicieux et intriguant.

Un mariage attendu. Georgie, dès le début, fuit le mariage et les liaisons qu’on veut lui imposer. Darcy O’Mara (beau présage…), quelle que soit sa facette (pair du royaume, pique-assiette, amoureux ou manipulateur) laisse entrevoir la place que l’héroïne souhaite combler malgré tout dans son coeur. A l’issue de cette série, il y aura forcément un visage à ses côtés. C’est un grand bonheur pour moi d’ajouter une touche de romance à ces enquêtes so british.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡ ♡

Le résumé des éditions ROBERT LAFFONT – 6 juin 2019 : Sa première mission royale : espionner le prince de Galles. Londres, 1932.
Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugenie, fille du duc de Glen Garry et Rannoch, trente-quatrième héritière du trône britannique, est complètement fauchée depuis que son demi-frère lui a coupé les vivres. Et voilà qu’en plus ce dernier veut la marier à un prince roumain !
Georgie, qui refuse qu’on lui dicte sa vie, s’enfuit à Londres pour échapper à cette funeste promesse de mariage : elle va devoir apprendre à se débrouiller par elle-même.
Mais le lendemain de son arrivée dans la capitale, la reine la convoque à Buckingham pour la charger d’une mission pour le moins insolite : espionner son fils, le prince de Galles, qui fricote avec une certaine Américaine…

Sur le toit de l’enfer d’Ilaria TUTI

Le résumé des éditions POCKET – 10 octobre 2019 : Dans les montagnes sauvages du Frioul, en Italie, le commissaire Teresa Battaglia, la soixantaine, la langue acérée et le cœur tendre, est appelée sur les lieux d’un crime pour le moins singulier : un homme a été retrouvé mort, les yeux arrachés. À côté de lui, un épouvantail fabriqué avec du cuivre, de la corde, des branchages… et ses vêtements ensanglantés.
Pour Teresa, spécialiste du profilage, cela ne fait aucun doute : le tueur frappera à nouveau. Elle va devoir rassembler toute son énergie et s’en remettre à son expérience pour traquer cette bête humaine qui rôde dans les bois. Si tant est que sa mémoire ne commence pas à lui faire défaut…

Ilaria TUTI est une auteure qui m’aura émue. Le thème de son livre, son héroïne, son enquêteur fraîchement accueilli dans ce village montagnard italien, son bourreau et le paysage qu’elle décrit sont autant d’arguments que de points positifs. Contrairement à tous les polars où l’injustice et l’horreur sont centraux, de ce livre, je ressors touchée.

L’ambiance est aussi oppressante que froide. J’adore cette neige qui tombe sur les indices et qui glace les victimes. La montagne est comme un labyrinthe, elle cache des pistes inconnues. Les refuges les plus étranges se dissimulent dans la végétation qui peu à peu est rognée par un dérangeant projet de domaine skiable.

Le commissaire Battaglia est un personnage atypique comme on en trouve dans les nouveaux polars. Cette fois, c’est une femme vieillissante, à la langue acérée mais de bon coeur et empathique envers les tueurs qu’elle traque. Elle se vante de connaissances dignes des plus grands profilers alors que le jeune Massimo fait pâle figure à ses cotés. Les premiers pas qui mettent en scène ce jeune enquêteur de la ville dans les premiers chapitres ne le ménagent pas et pimentent davantage cette enquête terrible. Les joutes verbales entre la supérieure et le nouvel arrivé donnent un rythme et un attrait à cette relation extra ordinaire.

Comme dans tous les villages, davantage dans les lieux reculés et quasi inaccessibles, les habitants sont hostiles aux nouveaux venus, aux touristes mais encore plus aux policiers qui ne sont pas du cru. Teresa Battaglia lutte avec force et fermeté… Elle observe, elle mémorise, elle analyse le moindre indice révélant des secrets inavouables. Quel lien voit-elle entre cette bâtisse qui surplombe la vallée, des faits passés où le silence est payé et ces êtres dépourvus de ce qui est le plus vital ? Pourquoi ces morts et ces êtres épargnés ?

Quant au bourreau, c’est un drôle d’humain, à la psychologie complexe, un visage qu’on ne peut saisir et que le commissaire nous éclaire jusqu’à le rendre compréhensible et crédible.

C’est un thriller assez atypique, angoissant et prenant que je n’oublierais pas. Il est oppressant comme tous ces policiers où l’enfermement est au centre de la problématique, terrible et éprouvant jusqu’à l’abomination.

Mon évaluation : ♡ ♡ ♡